L’affaire des templiers – Du procès au mythe, aux Archives Nationales

Du 2 mars au 16 mai 2011, les Archives Nationales présentent en parallèle de la grande exposition Dans l’atelier des menus plaisirs du roi une exposition-dossier intitulée L’Affaire des Templiers et consacrée au procès qui fut intenté à l’ordre du Temple au début du XIVe siècle.

Fondé en 1129 comme un ordre militaire et religieux, l’ordre du Temple avait pour mission initiale la protection des chanoines du Saint-Sépulcre de Jerusalem et des pèlerins qui s’y rendaient. Les chevaliers de cet ordre prenaient les voeux de pauvreté, chasteté et obéissance, et étaient soumis à une règle inspirée de celle de saint Benoît. Durant près de deux siècles, l’ordre prend une importance militaire, aussi bien pour des objectifs de croisade qu’en soutien des campagnes de l’armée franque (les Templiers étaient des unités d’élite et de fins stratèges), et une importance patrimoniale : les commanderies et forteresses templières sont nombreuses et puissantes. Le roi de France préfère même faire abriter son trésor dans l’enceinte du Temple de Paris. (L’enclos du Temple formait, dans une zone marécageuse, un quadrilatère délimité par les rues du Temple, de Bretagne, de Picardie et Béranger : le Marais que nous connaissons.)

Et pourtant, dans les premières années du XIVe siècle, c’est cette importance même qui cause la chute des Templiers, une militia Christi sous l’autorité du pape Boniface VIII dont la prétention au pouvoir universel irrite le roi de France Philippe le Bel, qui veut rester empereur en son royaume et voit d’un mauvais oeil une telle force. S’ensuit une pression grandissante sur le pape et sur les Templiers, sous la forme d’accusations d’anciens frères et de rumeurs sordides sur les pratiques de l’ordre, l’arrestation (14 septembre 1307) et la mise en accusation des frères, leur procès en hérésie, et leur interrogatoire par l’Inquisition. Philippe le Bel et son ministre Guillaume de Nogaret parviennent ainsi, à force de droit, de rhétorique et d’argumentaires auprès des représentants de la noblesse et du clergé des villes de France, mais aussi d’aveux obtenus sous la torture, à saper la confiance dans l’ordre afin de pouvoir le détruire. Les templiers seront séparés, emprisonnés, voire brûlés, comme leur grand maître Jacques de Morlay.

L’exposition montre un riche ensemble de pièces dans un état de conservation splendide, qui jalonnent les manoeuvres politiques de Philippe le Bel et de ses conseillers, les protestations du grand maître de l’ordre Jacques de Morlay, le rouleau complet, au centre de l’exposition, des procès-verbaux des interrogatoires des frères templiers (cliquez, tous les interrogatoires sont accessibles !), les traces de leur emprisonnement et de la saisie des biens du Temple, ainsi que des objets et documents d’un ordre néo-templier du début du XIXe siècle, l’ordre moderne du Temple, qui reconstitue des lois, des hiérarchies et même des rituels utilisant des reliques prétendument héritées de l’ordre ancien. Au-delà de l’étonnant face-à-face avec les documents, les visiteurs parisiens apprécieront de mieux connaître l’histoire de leur ville et en particulier du Marais, et iront peut-être comme moi après avoir visité l’exposition voir la plaque commémorative à l’endroit où Jacques de Morlay a été brûlé, qui fait face au square du Vert Galant, à la pointe de l’île de la Cité.

Merci infiniment à Ghislain Brunel, conservateur en chef de la section ancienne aux Archives nationales et commissaire scientifique de l’exposition, qui m’a offert le privilège (inattendu !) d’une visite privée ! Il est des professeurs qui font d’un sujet ancien une aventure palpitante !

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