Chagall, entre guerre et paix, au musée du Luxembourg

Du 21 février au 21 juillet 2013, le Musée du Luxembourg propose une exposition retraçant les nombreux bouleversements dans la vie et l’oeuvre de Marc Chagall, « entre guerre(s) et paix », à travers une centaine de ses oeuvres.

La période couverte par l’exposition ne correspond pas à toute la vie du peintre. De ses oeuvres d’avant sa période parisienne, fortement influencée par ses rencontres artistiques, on ne verra ainsi quasiment rien. Puis l’exposition s’arrête aux oeuvres des années 50, mais il est communément accepté que dès cette époque Chagall ne produit plus rien de vraiment nouveau. Comme si c’était justement d’être au coeur du tourment qui était le moteur de sa création.
Hasardons une autre hypothèse : l’exposition ne recouvre que la vie du Chagall qui partage sa vie avec Bella : dans la première salle il la rejoint pour l’épouser, dans la dernière il peint sa présence fantomatique alors qu’il porte son deuil.

Chagall accompagné de Bella traverse ainsi la première moitié du XXe siècle en étant pris dans un tumulte de rencontres et de déplacements forcés. Et pourtant dans le fond, il documente assez peu le contexte historique qui se déroule autour de lui.
Sans jamais véritablement développer un style pictural qui lui soit propre et définitif, il absorbe les influences qu’il rencontre : avec les cubistes il est presque cubiste, avec les futuristes il est presque futuriste, avec les suprématistes il est presque suprématiste : est-il bien suprématiste d’utiliser les célèbres carrés noirs dans un tableau à dominante figurative ? Malevitch a dû bondir. Insuffisamment engagé dans sa manière de penser le peinture peut-être, Chagall ? Fondant lui-même une école de peinture en Russie il s’en fait démissionner par Malevitch à la suite du putsch suprématiste sur celle-ci.
A l’inverse, si ses voyages sont nombreux et s’il a à sa disposition de nombreux paysages et de nombreuses cultures, Chagall continue, même à Paris, à peindre sa petite ville de Vitebsk.

Chez ce peintre nostalgique de sa Russie natale, on trouvera donc, autour du thème principal du juif errant, plusieurs thèmes récurrents comme celui de l’acrobate ou de la dualité. Et de nombreuses figures et de nombreux symboles récurrents : Bella bien sûr, mais aussi la pendule, celle qui se trouvait chez ses parents à Vitebsk, les échelles, le coq, la chèvre, le bouquet de mariage en couronne mortuaire, le cheval… Un tel déluge de symboles qu’on est tentés d’en faire une lecture psychanalytique, mais est-elle indiquée pour faire une critique de l’oeuvre de Chagall ? L’artiste lui-même prétend que non [1].

L’exposition présente une centaine d’oeuvres avec une scénographie sobre qui suit les allers et retours de l’artiste en Europe et aux Etats-Unis, sans s’impliquer, et on le regrette, dans un propos qui serait une plus profonde analyse des sentiments et passions de l’homme : celle-ci est laissée à la sagacité des spectateurs, qui viendront sans aucun doute par milliers.

[1] Les plus dépensiers d’entre vous accepteront de payer pour accéder à l’archive INA de l’interview de Marc Chagall. Non, l’open access n’est hélas pas arrivé à l’INA. Cadenasser l’accès au patrimoine de l’humanité, alors qu’il est numérisé et partageable, doit faire partie d’un business model.

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