Beaux Arts Magazine et la « poubelle des bloggeurs »

Je n’invente rien, je ne fais que citer, vous avez bien lu. C’est dans le numéro 309 de Beaux Arts Magazine, numéro spécial consacré à ce qui a changé de 2000 à 2010 et ce qui va changer de 2010 à 2020. De 2000 à 2010, donc, nous aurions connu le discrédit des intellectuels et la quasi-disparition de la critique d’art. Et c’est là, en page 55, que l’on parle de, je cite, « l’affaiblissement de la critique (souvent reléguée aux jeux d’opinion et à la grande poubelle des bloggeurs) ».

Voilà qui va probablement faire un grand plaisir à Alexia Guggémos, Diane Drubay, Marianna Gelussi, Anne Malherbe, Elisabeth Lebovici, Marc Lenot alias Lunettes rouges, j’en oublie certainement mais ce sont les blogs d’art que je lis et chez qui j’apprends beaucoup, aussi je n’apprécie pas particulièrement qu’on les traite ainsi. Il y a aussi tous les blogueurs qui, comme moi, sont des amateurs, qui jamais ne se sont réclamés d’une quelconque légitimité ni d’un statut professionnel de journalisme, et qui pourtant se passionnent pour l’art et les questions qu’il pose, jusqu’à se déplacer aux expositions, s’y attarder, y retourner, suivre des conférences, lire des critiques, et s’efforcer d’écrire des articles pour faire partager leur expérience sur leurs blogs.

Mais à lire Beaux Arts Magazine, tout cela ne serait donc que détritus, contenu sans valeur, bon à jeter. Mais qu’avons-nous fait aux journalistes pour qu’ils nous détestent de la sorte ?

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16 commentaires

  1. 28 février 2010
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    Je ne vois, dans cette affirmation de Beaux Arts, que la confirmation de l’incapacité d’analyse de la soi-disant critique, qui confond les causes avec les effets : à mon avis, la prolifération des blogs est le signe d’une crise interne, profonde, du journalisme et de la critique, qui ont déserté de leurs fonctions, laissé champ libre, un vide dans lequel les blogs se sont insérés. Personnellement, je trouve assez rare de rencontrer des textes mûrs et réfléchis, des critiques qui ne soient pas des odes insensées à l’establishment. Les critiques sont devenus pour la plupart des salariés qui contribuent à la publicité et à la distribution des expositions et des manifestations culturelles, sans aucun sens critique. Que les journalistes et les critiques reviennent à leurs fonctions, à être « critique », à remplir le vide créer par eux-mêmes.

  2. 28 février 2010
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    Un journaliste livre un fait de façon objective ou rédige une critique (de façon subjective mais argumentée). Un blogueur partage une expérience et donne son avis. Autant dire que si le journaliste joue sur la raison, le blogueur lui est plutôt sur le crédo de l’émotion. Donc à un moment faut arrêter de comparer ce qui ne l’est pas vraiment ! C’est pas parce que les gâteaux de pâtisserie sont plus « pros » et plus « aboutis » que les gâteaux home made de madame Michu qu’il faut que madame Michu arrête d’en faire si ?

  3. 28 février 2010
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    Merci d’avoir signalé cet article dans Beaux-Arts Magazine consacré à « Ce qui a changé en 2000/2010 » (n° 309). Après « une nouvelle carte de l’art mondial », « l’art, le design et l’architecture sont devenus des must » et « l’esthétique du tout est possible s’est imposée », S.M., l’auteur y évoque en effet le « discrédit des intellectuels » et « la quasi disparition de la critique d’art ». Après avoir pleuré sur la mort des Barthes, Lacan, Foucault, Deleuze et consorts (il était temps de s’en rendre compte, tu ne crois pas ?…), S.M. y exprime soudain en incise tout son mépris pour les bloggeurs accusés de tenir la « grande poubelle » de l’art. Avant de remarquer – sans peur du paradoxe – que « rarement les œuvres culturelles et plus rarement la pensée n’ont connu une telle popularité ». En elle-même, cette banale et stupide attaque en légitimité n’a pas de quoi nous surprendre : elle signe une nouvelle fois ce combat d’arrière garde mené, dans tous les domaines, par ceux que le mouvement oppresse et qui craignent toujours qu’une autre voie que la leur ne soit ouverte. Une brèche conduisant à une autre façon d’écrire, de lire, de réagir. La nôtre, plus spontanée, plus violente, plus personnelle –en un mot subjective – car dénuée de toutes contraintes liées –au mieux – à la satisfaction d’un public ou d’un lectorat ou –au pire – à une bien pensance. Pour autant, je ne rejette pas la critique de Beaux-Arts, ni celle d’aucun autre magazine auxquels, comme beaucoup, je suis abonnée depuis longtemps. J’apprécie particulièrement ceux qui, tel Arts Magazine, parlent simplement à tous de ce qui nous touche, défrichent et explorent sans compliquer à l’extrême ou caricaturer. Avec intelligence et sans mépris. Nous, les bloggeurs d’art, contrairement à ce que pense S.M., ne tenons pas de propos orduriers, ni de discours parfois fumeux, truffés de références à des philosophes ou à des maîtres anciens. Notre pensée est effectivement très éloignée de celle de certains critiques si bien épinglés par Philippe Parreno dans sa vidéo-conférence No more reality ! Nous exprimons nos opinions, et ne les imposons à personne. La critique d’art n’est plus ce qu’elle était au XXe siècle, c’est un fait. Mais si les blogs avaient existé plus tôt, je suis persuadée que ces esprits ouverts et affûtés tant regrettés par S.M. se seraient pour la plupart pris au jeu de l’analyse critique sur le Net.

  4. 2 mars 2010
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    La peur de perdre sa place, sa légitimité et plus encore son gagne-pain, peuvent expliquer ce sursaut de la bête blessée.
    Mieux vaut éviter donc de se trouver sur son chemin.
    Cela dit, la bassesse de l’attaque ne mérite même pas qu’on s’y attarde. Cela ne changera pas l’opinion des gens qui viennent sur le Web, forums ou blogs, réseaux sociaux & co, pour partager leurs avis et lire ceux des autres.
    Finalement, une époque où les gens fouillent pour avoir du ressenti, une vibration, cela me plait – On est loin du consensuel mou affiché par l’élite tenue par la peur fade de déplaire.
    Tant mieux si les blogs sentent la sueur et les larmes.
    J’en viendrais presque à apprécier la populace, avec leurs inepties !

  5. Spartacus
    3 mars 2010
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    Mouais…
    La vérité, c’est que vous les blogueurs, êtes des créatures contre-nature et abâtardies car intermédiaires entre l’ado de 16 ans trainant toute la journée sur son facebook / skyblog… et le journaliste sérieux de presse écrite.

    Gu, je t’avais jamais traité d’« être contre-nature » ; cette fois-ci, c’est fait et çà manquait.

  6. 4 mars 2010
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    Je suppose que la baisse constante des ventes de journaux doit avoir un lien, non?

  7. S.M. serait-elle Stéphanie Moisdon ?
    Je ne vois qu’elle dans l’ours avec ces initiales. Elle a pourtant un blog elle-même (certes 3 billets en deux ans, ça ne lui vaut pas la poubelle) http://www.mediapart.fr/club/blog/stephanie-moisdon
    Moi qui ne lis plus Beaux-Arts depuis longtemps, je vais acheter ce numéro dès demain.
    Sur ce même sujet, je vous invite à la Maison Rouge le 6 mai pour une soirée Controverses où je serai le seul blogueur face à Philippe Dagen, Catherine Millet et quelques autres journalistes (il faut s’inscrire), et en juin à la Fondation Henri Cartier-Bresson pour une séance du même type (voir annonces sur leurs sites d’ici quelques semaines).

  8. 9 mars 2010
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    Marianna :: Je serais assez porté à croire moi aussi à cette restriction des possibles dans la critique d’art des journalistes, qui, combinée avec l’élargissement des possibilités d’expression du web, fait naturellement intervenir les blogs.

    Plastie :: Exactement ! Rares, très rares sont les blogueurs qui peuvent se permettre de travailler pendant des jours, des semaines, un sujet à traiter en tant qu’article ou de dossier. Mais la question est : les journalistes ou critiques peuvent-ils se le permettre ou doivent-ils « produire » de l’article, de la critique, ce qui les amène dans le pire des cas à ne pas faire mieux que les moins impliqués des blogueurs, et se contenter de paraphraser voire copier des communiqués de presse ?

    François :: Je savais que vous apprécieriez ce geste de rébellion ;-)

    Alexia :: J’aime beaucoup ta présentation de ce que nous apportons ou du moins tentons d’apporter, et de ce qu’apporte la presse magazine, par rapport à des sources d’information et de critique d’art moins abordables par le public, et moins lues, également. Et j’aime aussi que tu soulignes que, nombreux comme sont les blogueurs, nous n’écrivions que pour partager, et non pour imposer.

    Lousia :: Merci beaucoup pour cette réaction, reprise chez toi dans un billet ! Je reste surpris par la violence de ces propos, non pas « en off », mais dans la presse écrite !

    Spartacus :: Je sais lire le soutien dans ta provocation de surface :-)

    Alexandre :: Si les journalistes savaient comme j’aime ces supports, pourtant. L’écrit, et la radio…

    Lunettes rouges :: Merci beaucoup pour votre contribution ! (Et je suis ravi d’avoir fait votre connaissance à l’occasion de la présentation du musée Albert Kahn !) J’ai bien noté les dates pour les échanges avec la presse !

  9. 12 mars 2010
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    Bonjour, votre post est très intéressant et je suis plutôt d’accord avec les commentaires. Je crois que tout l’art en général est « sponsorisé » c’est le cas du cinéma à part quelques rares critiques, tous tiennent à peu près le même discours. A croire que certains ont carrement des pots de vins.

    Je crois que les blogs ont permis de « démocratiser » la critique d’art et qu’est ce qui fait un artiste? c’est le public que vient le lire, le voir, l’écouter. On pourra avoir fait les plus belles études d’histoire de l’art etc. ca ne suffit pas. Je pense que les critiques et les bloggeurs ont plutôt un avenir commun et complémentaire. Mais ce n’est qu’un avis. Pour ma part j’aime la danse et je suis énormément l’actualité, je ne suis pas experte mais j’en connais une grande partie et parfois je suis lassée de lire ou d’entendre des pseudos intellectuels qui n’ont justement plus aucun recule sur leur métier et qui se permettent des critiques inappropriées.

    Votre blog est très intéressant

    Bonne journée

  10. grmmblblbl
    12 mars 2010
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    Y a encore à creuser du côté de la piste « poubelle » (hiérarchisation de l’info, système de ranking, visibilité des blogs « commercialisés »), bien avant de verser dans le mélo genre « non mais tu vois, les pauvres, ils ont les glandes ils sont en train de mourir (les pauv’ vieux non mais) » qui sent bon l’émotion prout-prout reality show à fleur de peau.

    Ça ne semble pas inexact d’affirmer que les blogs sont des poubelles, et oui mon gars faut creuser dans la bistouille mondaine avant de trouver la substantifique moelle (avec asticots-pubs-déguisées inside, et autres nécrophores rankeurs, miam ça grouille).

    Mais bon, ça semble assez inhérent au « format » et à son mode de non-sélection naturel de l’info non ?

    Le massicotage de la phrase de Gu est peut-être malheureux, on sent qu’il faudrait causer plutôt disparition de l’espèce « critique d’art » (ou de son souci de visibilité) et que globalement on s’en tamponne (force 4 avec panache) que l’initié partage sa passion sur son blog: il fait ce qu’il veut, il partage ce qu’il veut et globalement on s’en branle (ça m’empêchera pas de reprendre un picon), il est remplaçable comme les autres…

    Mais bon… les annonceurs constituent un baromètre totalement indifférent à la qualité d’analyse: celui-cil peut se contenter du « ah ouais trop bien, c’est cool » si ça ramène un banc de morues.
    Si je surnage dans un océan de 10^6 « ah ouais trop cool », et que les phares ferment tous au prétexte que la poitrine des sirènes est largement plus sympa, ça m’aidera pas à trouver Ithaque bordel: elles font la circulation comme des s*l*pes.

    Alors oui c’est complèmentaire, je peux jouer et échanger avec ma bande de pirates virtuels et découvrir des trésors, et aussi aller voir Captain Igloo, si je suis illettré ou que je connais pas le klingon de Papouasie, il peut m’expliquer la carte…
    Mais quand un groupe de pirate, ç

  11. grmmblblbl
    12 mars 2010
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    (sorry)

    … quand des groupes de pirates se retrouvent bourrés et commencent les concours de pets, ça donne 10 lignes moisies sur une expo sympa, ponctuées de « j’aime j’aime pas, beurk caca », et généralement quand y en a un qui commence les autres suivent.

    mes hommages,

    l’avocat du diable

  12. stéphane
    24 décembre 2010
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    ça fait bien longtemps que beaux arts ne fait plus de critique
    les blogs, eux essaient et le font parfois très bien. Pour avoir eu un blog, je sais que ce c’est. Beaux-art est certainement jaloux de l’audience de certains blogs. Ce n’est qu’un torchon…

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