American Prayer de Richard Prince à la BnF

Du 29 mars au 26 juin 2011, la BnF (site François Mitterrand) présente (à côté de l’expo Gallimard) American Prayer, une exposition constituée à la fois d’oeuvres de Richard Prince et de livres lui appartenant. Le résultat est un voyage au coeur de la culture populaire américaine et des contre-cultures qui l’influencent, de l’après-guerre aux années 80.

American prayer tente et réussit la figure difficile d’une exposition qui instaure une ambiance et laisse une impression. Autour de capots de Dodge customisés et au son d’une playlist qui convoque aussi bien Neil Young et BobDylan que The Clash et The Byrds, se mêlent les oeuvres de Prince : ses Untitled (almost originals), Publicities, Gangs et Cartoons, et un corpus de livres de sa collection personnelle mélangé à des livres choisis dans les collections de la BnF. Sans les indications du livret, difficile de savoir ce qui est de Prince et ce qui ne l’est pas : on est au coeur de sa pratique artistique, qui se fonde sur la ré-appropriation et le recyclage d’images préexistantes, souvent des symboles mythiques.

Originaux détournés, publicités aux dédicaces vraies ou forgées par Prince associées à d’autres images traitant du même thème mais à une toute autre époque ou d’une toute autre manière, re-photographies, dessins humoristiques de Playboy ou du New Yorker redessinés : le matériau de Prince c’est la culture populaire américaine et les courants qui l’influencent. Sa collection d’éditions autographiées de nombreux chefs de file de ces (contre-)courants force le respect : Allen Ginsberg, Jack Kerouac, William Burroughs, Philip K. Dick, Hunter S. Thompson, Richard Brautigan, J.D. Salinger…

Les pièces sont organisées autour de sept thèmes : l’univers féminin sulfureux de Prince dans Lolita and Lollipop (et partout ailleurs dans ses évocations des nurses), la Beat Generation dans Beat Hotel, la science-fiction paranoïaque dans Bomb dreams, les riders à cheval, en moto ou en Dodge dans On the road, Woodstock, le LSD et la libération sexuelle dans On the bus, les puissants et les criminels dans Criminals and Celebrities, la musique et la BD underground dans Sex and Drugs and Rock and Roll.

En bref, plus de 30 ans d’histoire de la pensée populaire américaine rassemblés avec un recul bienveillant et de l’humour, des évocations d’auteurs que l’on a envie de lire en sortant, le contrat est rempli. On serait tenté de dessiner Richard Prince comme un Roland Barthes hippie, motard, beatnik, rock and roll, archiviste des mythologies américaines.

Terminons avec un extrait du poème The Galilee Hitch-Hiker de Richard Brautigan, starring Baudelaire et Jésus dans un road trip (j’ai conservé la mise en page de l’édition imprimée) :

The Galilee Hitch-Hiker
Part 1

Baudelaire was
driving a Model A
across Galilee.
He picked up a
hitch-hiker named
Jesus who had
been standing among
a school of fish,
feeding them
pieces of bread.
« Where are you
going? » asked
Jesus, getting
into the front
seat.
« Anywhere, anywhere
out of this world! »
shouted
Baudelaire.
« I’ll go with you
as far as
Golgotha, »
said Jesus.
« I have a
concession
at the carnival
there, and I
must not be
late. »

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