La Gaîté lyrique : conserver la tradition populaire de l’opérette ?

Après avoir laissé passer la période d’ouverture, la Gaîté lyrique a organisé une nouvelle visite, plus calme, par quelques blogueurs dont j’étais. Malheureusement quasiment aucune installation ni performance n’étaient visibles, et la salle principale, salle de concert, était fermée. Nous avons donc appris, avant de nous rendre à la conférence sur le folklore du web qui sera l’objet d’un prochain billet, quels étaient les objectifs du lieu.

Gaîté Lyrique - Niveau 2 - Foyer historique © MANUELLE GAUTRAND ARCHITECTURE – PHOTO / VINCENT FILLON

La Gaîté lyrique version 2011 naît de deux origines : initialement, un théâtre jouant des opérettes, et beaucoup plus récemment, un parc d’attractions avorté, visiblement destiné aux jeunes adultes et vieux ados, Planète Magique, qui aurait rendu hommage à l’Inspecteur Gadget, aux Mystérieuses cités d’or et à Ulysse 31. De cet héritage doublement populaire, que va conserver la nouvelle Gaîté lyrique ?

Le 2 mars 2011, la Gaîté lyrique ouvre au cœur de Paris et suscite, au quotidien, la rencontre des technologies, de l’art et des publics. La Gaîté lyrique, ouverte toute l’année sur le monde et à tout le monde, explore les cultures numériques sous toutes leurs formes : de la musique au graphisme, au jeu vidéo, au cinéma, en passant par le théâtre, la danse, la mode, le design, l’architecture…
(Communiqué de presse)

La Gaîté lyrique est annoncée également comme la « scène des révolutions numériques », dédiée « aux cultures numériques et à la musique actuelle ». Parlons un instant des cultures, déjà mentionnées deux fois, qui sont visiblement en passe en ce début de XXIe siècle de remplacer ce qu’on appelait autrefois la culture. La culture fait-elle peur ? Est-elle une menace ? A la culture, dont l’essence est dans la pensée, moi, moderne, je viendrais donc, en tant que je ne l’ai pas choisie mais héritée de l’histoire de la pensée, que j’ai peut-être refusé de la connaître, lui substituer ma culture, où la pensée n’a peut être aucune part, mais qui est une collection de mes a prioris et usages ? Mais passons sur ce sujet qui déborde largement de celui de la Gaîté lyrique…

Quelle place pour la recherche, la conservation, l’exposition de l’art numérique dans ce centre culturel dédié aux cultures numériques ?

C’est la question qui m’intéresse et qui probablement vous intéresse si vous venez souvent ici. L’art numérique est encore considéré comme mineur, et en tant que tel on peut dire avec Régis Debray qu’il est des plus fertiles. Il est des plus aptes à accueillir des idées nouvelles, des modes nouveaux. L’art numérique est la promesse ultime qui, plus encore que le cinéma, peut faire mourir le monde sensible et atteindre à la liberté absolue en supprimant l’analogie. Mais ce potentiel ne va pas sans une extrême fragilité, une épée de Damoclès qui le menace et que lui-même porte : le risque que court l’art numérique, c’est de n’être saisi, appréhendé que comme une expérience au premier degré, un decorum sensoriel, une qualité d’ornement qui fait barrière à la perception de ce qu’il contient, de l’idée qu’il exprime, de la pensée qu’il traite ou justement maltraite.

Précisément, et même si, comme on le verra dans de prochains billets, je ne doute pas un instant de la qualité des conférences qui auront l’art pour sujet, ni de la richesse ou de la pertinence (notez que je ne parle pas de beauté, ou si je le fais ce sera en la définissant comme ce qui justement permet au spectateur de développer un appareil théorique) des oeuvres, au vu de la démarche annoncée de la toute naissante Gaîté lyrique, j’exprime, non pas une accusation qui serait injuste si tôt après l’ouverture, mais une crainte. La communication officielle est que ce ne sera pas un centre d’art numérique, ni une galerie ou un musée, mais plutôt un lieu où l’événement principal, dans l’espace principal, sera le concert, et les spectateurs pourront aussi, avant ou après, aller boire un verre et regarder de l’art numérique dans l’espace d’exposition du sous-sol. On donne donc explicitement à l’art numérique la position la plus risquée, celle de l’accessoire, de la décoration, celle dont on n’attend qu’une satisfaction sensorielle sans l’interroger… Je suis inquiet, je ne voudrais pas n’avoir gagné à Paris qu’un grand lieu de la nouvelle opérette électronique.

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