« Huis clos sur le net » cherche ce que personne n’a promis

L’opération « Huis clos sur le net » isole cinq journalistes des radios francophones publiques dans un gîte rural du Périgord pendant une semaine. Leurs seuls accès à l’information seront Facebook et Twitter, afin de découvrir quelle lecture du monde cela implique. Je doute fort de la pertinence de cette opération.

J’aime profondément la radio, ceux qui me connaissent bien le savent. Je me passe aisément de la télévision, mais la radio m’est essentielle, en particulier des stations de Radio France : France Inter et France Culture. J’aime le son des seules voix, l’image est souvent superflue. Mais ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui. Si j’aime la radio (et si je rêve secrètement d’être un jour derrière un micro à Radio France), il est naturel que je sois exigeant à son égard.

Le concept de l’opération « Huis clos sur le net » rappelle les plus grands moments de la télé-réalité, je cite :

« Cinq journalistes des radios francophones publiques, isolés dans un gîte rural du Périgord pendant une semaine. Coupés de tous les médias traditionnels, leurs seuls accès à l’information seront Facebook et Twitter. »

Et les questions mises en exergue et auxquelles devraient répondre cette expérience sont, là encore je cite :

« La lecture du monde, dans ces conditions, est-elle pertinente ?
Est-on informé de la même manière sur les réseaux sociaux, qu’avec les médias classiques ?
Comment se construit alors l’information ? »

Vous trouverez une description plus détaillée de l’opération Huis clos sur le net sur le site des radios francophones.

birdsincage

Cette présentation de l’opération est extrêmement réductrice. Quels comptes Twitter les journalistes enfermés au Périgord vont-ils suivre ? Quels seront leurs « amis » sur Facebook ? En fonction des réponses à ces questions, leur expérience va changer du tout au tout. S’ils suivent sur Twitter les comptes des différents organes de la presse nationale et internationale, ils auront à n’en pas douter une vision assez précise de l’actualité. Heureusement, on ne les empêche pas de cliquer sur les liens fournis dans les tweets, ce qui serait absurde. S’ils suivent les comptes Twitter d’amis e-commerçants ou de blogueurs très colorés politiquement, leur expérience sera tout à fait différente…

Je doute du sens même de l’opération. Personne n’a jamais dit de Twitter qu’il était un canal d’information suffisant, et à ma connaissance personne ne s’en sert en tant que tel. Chaque message de moins de 140 caractères sur Twitter n’est qu’un tremplin pour aller en lire plus ailleurs et se faire son opinion. Beaucoup d’informations partagées sur Twitter ont été auparavant lues/vues dans d’autres médias. Alors en effet, dans le cas de certains évènements exceptionnels, Twitter a la primeur par son concept, mais ces situations restent ponctuelles même si elles sont montées en épingle par les … « médias traditionnels ». Quant à Facebook, je ne sais même pas ce qu’il vient faire là. Qui va chercher sa « lecture du monde » sur Facebook ?

Ce qui m’inquiète dans cette affaire, c’est qu’il semble que les « médias traditionnels » (Qu’est-ce donc ? Pourquoi cette appellation ringardisante ? La version en ligne de mon journal préféré est-elle un « média traditionnel » ?) voient Twitter et les réseaux sociaux comme des concurrents sans pitié, alors que bien souvent ils pointent vers leurs éditions en ligne.

David Abiker, chroniqueur sur les thèmes du web à Radio France, va participer au bilan de cette opération le 5 février. Je suis persuadé qu’il connaît bien les réseaux sociaux et Twitter. J’imagine, j’espère qu’il pourra donner cet éclairage à ses confrères, qui semblent anxieux pour de mauvaises raisons.