Bruegel, le moulin et la croix

Un peu par hasard en sortant de la visite de collections flamandes, je suis tombé sur l’affiche de ce film, sorti en salles la veille. Sans vraiment prendre le temps de chercher à savoir ce que c’était, je me suis dit que la coïncidence était intéressante et je suis entré. Dans le cinéma, et dans le tableau.

Entré dans le tableau, c’est le mot, littéralement. C’est ce que propose Lech Majewski (scénariste et producteur du film Basquiat de 1996) dans cette expérience cinématographique singulière où les scènes réelles sont très naturellement mêlées avec les images de synthèse sans qu’à aucun instant cela ne semble un anachronisme.
Au contraire, on est plongés dans cette campagne hollandaise du XVIe siècle où les soldats espagnols exercent une brutale répression politique et religieuse. Mais avant de le savoir c’est d’abord presque sans aucune parole que l’on fait la connaissance des nombreux protagonistes du tableau que le film reproduit, le Portement de la Croix.

On découvre petit à petit les liens qui se tissent entre eux dans cette scène mi-historique mi-allégorique où le supplice d’un hérétique est transfiguré en Passion du Christ, et où le rôle divin est joué par le meunier d’un moulin qui surplombe les tourments du monde, ses pales commandant au temps et son grain donnant le pain nourricier.
On est au coeur de l’oeuvre de Bruegel dans son dessein de mettre à plat la réalité de son époque tout en évoquant son inscription dans un ordre éternel. C’est un moment contemplatif, esthétique, méditatif, et pourtant on est pris aux tripes… tout ça dans un seul tableau du maître. La fin du film se charge de nous le rappeler, le replaçant, tout à coup silencieux et immobile au milieu de nombreuses autres peintures du Kunsthistorisches Museum de Vienne.

On sort du cinéma en ayant envie d’emporter le tableau avec soi, chez soi, en voulant être capable de les vivre tous aussi intensément, on rêve d’une médiation qui les rende aussi vivants sans jamais les trahir, sans jamais les discréditer, en leur rendant toute leur force originelle, loin des écueils opposés du fun et de la triste érudition !

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8 commentaires

  1. 5 janvier 2012
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    J’ai vu la bande annonce mais ça m’a un peu rebuté.
    Du coup, une question : au-delà des aspects artistiques et du concept de film, est-ce qu’on s’ennuie un peu ou pas ?

  2. Au début, j’ai été surpris. C’est assez déroutant comme manière de filmer. Il y a en effet un moment, vers 40 minutes de film, où je me suis ennuyé un peu… mais ça reprend ensuite et j’ai compris que tout ce que j’avais vu avant était nécessaire.

  3. Olivier
    8 janvier 2012
    Répondre

    il m’est arrivé de m’assoupir pendant le film …

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