Box sized die featuring No return, de Joao Onofre, au Palais de Tokyo

Le jeudi 17 février 2011, le palais de Tokyo inaugurait dans son hall l’installation de Joao Onofre Box sized die featuring No Return, qui comme son nom l’indique a vu la participation du groupe de death-trash metal No Return.

A 20 heures, les quatre musiciens se sont installés avec leur matériel dans le cube de métal de 183 cm de côté, recouvert sur ses parois intérieures d’un revêtement anti-bruit. La porte reste au début ouverte, et le groupe commence à jouer dans son style habituel : des torrents de guitare, de batterie et de cris font résonner le hall du palais de Tokyo. Un aperçu en images :

Après quelques dizaines de secondes de démonstration de la puissance du son, la porte du cube est fermée. Pour tout bruit il ne reste plus alors qu’une vibration sourde provenant du monolithe de métal : il faut y coller son oreille pour distinguer la musique, ce que beaucoup font :

Après une à deux minutes, le premier aspect spectaculaire de la performance disparaît pour en laisser survenir un deuxième, beaucoup plus intéressant. Quand le groupe s’arrête entre deux morceaux, on n’entend qu’un silence, seulement troublé par quelques interrogations à voix basse. La foule et les organisateurs se retrouvent à égalité et construisent à la petite échelle du hall un dialogue de rassurance : « les musiciens peuvent-ils faire un signal, ou ouvrir de l’intérieur ? ». Sur le papier, les membres du groupe « mettent en jeu leurs limites physiques en expérimentant l’emprisonnement et l’asphyxie », mais lorsque l’expérience est réelle, lorsque la porte est refermée, que personne ne peut plus déceler d’indices humains, que ceux qui y sont entrés nous ont pour ainsi dire quittés pour un ailleurs, l’émotion est trop forte. Le public étouffe et n’y tient plus. Les organisateurs annoncent un principe de précaution : quoi qu’il arrive, le cube sera ouvert au maximum au bout de 10 minutes.

A l’ouverture du cube, on vit une liesse qui rappelle les accueils d’astronautes à leur retour de l’exploration spatiale. Ils sont allés là où personne d’autre ne pouvait aller, où personne ne pouvait les voir, où la communication était impossible. Mais où étaient-ils ? La seule étrangeté de ce lieu vient-elle de notre impossibilité de partager avec eux la structure de nos champs perceptifs respectifs ? Un indice est-il à trouver dans l’essai de Gilles Deleuze, La Logique de Sens, Paris, Ed. de Minuit, 1969, pp. 354-355 :

Mais autrui n’est ni un objet dans le champ de ma perception, ni un sujet qui me perçoit, c’est d’abord une structure du champ perceptif, sans laquelle ce champ dans son ensemble ne fonctionnerait pas comme il le fait.

Que cette structure soit effectuée par des personnages réels, par des sujets variables, moi pour vous, et vous pour moi, n’empêche pas qu’elle préexiste, comme condition d’organisation en général, aux termes qui l’actualisent dans chaque champ perceptif organisé le vôtre, le mien. Ainsi Autrui-a-priori comme structure absolue fonde la relativité des autruis comme termes effectuant la structure dans chaque champ. Mais quelle est cette structure ? C’est celle du possible. Un visage effrayé, c’est l’expression d’un monde possible effrayant, ou de quelque chose d’effrayant dans le monde, que je ne vois pas encore.

Comprenons que le possible n’est pas ici une catégorie abstraite désignant quelque chose qui n’existe pas : le monde possible exprimé existe parfaitement, mais il n’existe pas (actuellement) hors de ce qui l’exprime. Le visage terrifié ne ressemble pas à la chose terrifiante, il l’implique, il l’enveloppe comme quelque chose d’autre, dans une sorte de torsion qui met l’exprimé dans l’exprimant. Quand je saisis à mon tour et pour mon compte la réalité de ce qu’autrui exprimait, je ne fais rien qu’expliquer autrui, développer et réaliser le monde possible correspondant. Il est vrai qu’autrui donne déjà une certaine réalité aux possibles qu’il enveloppe : en parlant, précisément.

Autrui, c’est l’existence du possible enveloppé.

L’oeuvre de Joao Onofre est incontestablement une source d’interprétations nombreuses, et je n’ai fait qu’effleurer les questions qu’elle soulève. A voir si d’autres performances sont programmées.

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Un commentaire

  1. 26 février 2011
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    Je crois avoir quelques éléments de réponse sur ce qui a pu se passer à l’intérieur.
    Merci pour ce très bel article !
    L. Chuck D. (chanteur de No Return)

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