Archive pour mars, 2010

297

L’Immortel de Richard Berry, avec Jean Reno

Le nouveau film de Richard Berry, L’Immortel, avec Jean Reno, Kad Merad, Marina Foïs, Jean-Pierre Darroussin, sort le 24 mars : l’histoire inspirée de faits réels d’un ancien gangster retiré des affaires, mais qui se retrouve un jour confronté à tout ce qui faisait son passé. ulike accompagne la sortie de ce film, j’étais donc à la projection en avant-première du film au studio des Ursulines.

On sent qu’un effort particulier a été fait par Richard Berry pour forger des personnalités complètes et complexes, où personne n’est vraiment bon ni vraiment mauvais. Et également, un effort pour ne pas montrer simplement de nombreux meurtres de et par des gangsters, mais placer chaque victime, même de la pègre, dans ses faiblesses, dans sa propre histoire, sa propre famille.

La projection du film était suivie d’une rencontre et échange avec Richard Berry et Jean Reno, qui ont pu parler des origines du film, des incidents de tournage, et donner quelques anecdotes. Ma grande surprise est la personnalité de Jean Reno, que je craignais très minérale, voire froide, mais il s’est révélé d’une grande gentillesse et humilité, cherchant la conciliation dès que le débat s’échauffe, et surtout, passionné et généreux dans son travail d’acteur. En bref, quand on voit Jean Reno en vrai, on aimerait le connaître.

213

Le Dernier Numéro d’Hélène Ventoura

Hélène Ventoura jouait, pendant trois représentations du 25 au 27 février 2010, Le Dernier Numéro au théâtre de l’Atelier. Alexiane a encore fait mouche en me conseillant d’aller voir ce spectacle tenant à la fois du théâtre, du cirque et de la poésie.

Dans Le Dernier Numéro, Hélène Ventoura, seule ou accompagnée de ses musiciens, est à la fois un clown et le Monsieur Loyal d’un cirque macabre, en proie à la crise : un clown est mort, le numéro de la femme coupée en deux a vraiment trop bien fonctionné, sans parler de la concurrence du cabaret d’à côté, qui n’hésite pas à jouer des pires difformités pour faire venir le chaland, mais dans notre cirque on ne mange pas de ce pain là, non mesdames, non messieurs, on n’en mange pas. On rend hommage au clown disparu, on porte un toast à la femme coupée, et l’on part visiter le Paradis.

Le Dernier Numéro d’Hélène Ventoura, à la fois nous emmène dans l’ambiance du cirque, nous ramène dans le temps, nous fait retomber en enfance, tout en restant toujours proche de la mort, rendue partenaire du spectacle, un spectacle qui se joue à la fois avant et après le moment de la mort. Le style est désuet, appauvri, de bric et de broc, encore renforcé par le cadre de la salle de l’Atelier. L’interprétation par Hélène Ventoura de ce clown triste vient chercher en nous des émotions que l’on ne sait pas traiter, et que l’on traduit en rires aussi bien que l’on pourrait les traduire en larmes.

050

La Contrebasse de Süskind, par Hubertus Biermann

Du 8 au 28 mars 2010, Hubertus Biermann interprète à la MC93 de Bobigny La Contrebasse de Patrick Süskind. Un monologue, celui du musicien dans un premier temps, puis celui de l’homme.

Le contrebassiste apparaît seul, dans une pièce où les murs et contours des objets sont figurés par des bandes blanches. Au centre, la contrebasse qui, dans son étui, prend toute la place. L’étui lui-même prend de la place, est toujours dans le passage, doit être déplacé. La contrebasse est majestueuse, large, omniprésente, par sa taille aussi bien que par son pouvoir de pénétration sonore et son rôle dans la vie du contrebassiste. Il est aussi indispensable à l’orchestre et à la symphonie qu’il n’est pas reconnu : c’est cette frustration qu’il exprime, celle du contrebassiste, et à mesure que son monologue avance, il boit de plus en plus, et c’est la frustration de l’homme qui se fait jour…

Un texte de Süskind, où on effet l’on retrouve la même minutie, le même amour et la même haine de la perception que dans le Parfum, en même temps qu’une description de l’âme humaine, une élocution proche des oeuvres de Thomas Bernhard. Un texte merveilleusement servi par Hubertus Biermann, dont l’âge, l’apparence physique même, semble changer entre ses moments de rage, d’inspiration, d’interprétation. Car Hubertus Biermann est aussi contrebassiste, et joue quelques morceaux en solo, même si son personnage répète qu’on ne saurait sortir quoi que ce soit d’harmonieux d’une contrebasse, et encore moins en jouer en solo. A noter, en particulier, en plus du morceau final, classique, et qui nous élève très haut, un morceau de contrebasse qu’on pourrait qualifier de « total » : percussion sur les cordes, sur le corps de la contrebasse, coups de pied et sur la tête, crissement des doigts caressant le bois, et bien sûr frottement de l’archet, mais pas seulement dans le sens attendu : une grande découvert dans ce spectacle, celle d’un son presque électronique, industriel, et je me répète, « total », émis par une contrebasse.

6134

« Vanités », au musée Maillol

Du 3 février au 28 juin 2010, le musée Maillol propose une exposition sur l’art des vanités, de Caravage à Damien Hirst, plaisamment intitulée « C’est la vie ». Je l’ai visitée il y a un mois, en compagnie d’Olivia. Notez que cet article n’est pas illustré, pour une raison que vous lirez plus loin.

L’exposition s’annonce dès l’entrée comme une rétrospective des vanités. Ayant entendu avant, pendant, et après l’exposition des visiteurs se demandant « Mais pourquoi ça s’appelle Vanités ? » (sic), je me permets une explication, nous sommes là pour ça : la vie humaine est par nature éphémère et vaine, et les tentations et cadeaux du monde matériel ne sont d’aucune aide face à la mort, qui fauchera sans coup férir. On appelle ainsi vanité une oeuvre qui évoque cette inéluctabilité de la fin.

Les grands noms sont là, comme annoncé, de Caravage à Hirst en passant par Francisco de Zurbaran, Andy Warhol, Subodh Gupta, Boltanski, ou plutôt dans l’ordre inverse, la rétrospective étant annoncée antichronologique. A quelques exceptions près, curieusement : on trouve un Hirst dans l’étage des Classiques, ainsi qu’un théâtre d’ombres de Boltanski. Une incohérence qui a visiblement inspiré un artiste contemporain, qui n’était pas invité, mais s’est senti la liberté de venir punaiser une esquisse de crâne dans la même pièce que l’oeuvre de Boltanski, le week-end dernier.

L’audioguide est très accessible et donne de nombreux repères biographiques et de décryptage, mais va malheureusement trop loin : plus loin en tout cas que la mission que l’on attendrait de lui, puisqu’il vient indiquer presque systématiquement au visiteur une interprétation moralisatrice de l’oeuvre. A mon sens, il y a donc presque à chaque fois une phrase de trop.

Reste une question que j’aimerais soulever, et qui est loin de ne concerner que le musée Maillol. Nous avons croisé à plusieurs reprises, non pas une personne chargée de la médiation culturelle et avec qui j’aurais justement pu échanger sur les points évoqués ci-dessus, mais une personne qui traquait tout visiteur ayant la velléité manifeste de prendre une photo, d’une oeuvre ou d’une des citations projetées sur les murs du musée. Et donc, j’aimerais que l’on m’explique. Je crois pouvoir éliminer sans risque l’explication de l’atteinte à l’intégrité des oeuvres : la vaisselle en inox de Subodh Gupta n’a que faire d’un, cent, mille flashs, et je ne parle même pas des crânes de Hirst. La propriété intellectuelle ? Certainement, mais si je ne m’abuse, les images des oeuvres exposées sont visibles par tous sur Internet, dans une très belle qualité et une grande résolution, sur le site flambant neuf du musée Maillol lui-même, dont Diane Drubay parlait récemment.

N’étant pas un digne représentant de la presse d’art, je n’ai pas sollicité du musée qu’il m’envoie des visuels d’illustration. En tant que simple visiteur de l’exposition, et visiteur obéissant, je n’ai donc pas pris de photo. Et c’est pourquoi vous n’en voyez pas ici.

« C’est la vie ! » : Vanités de Caravage à Damien Hirst
du 3 février au 28 juin 2010
Musée Maillol
61 rue de Grenelle
75007 PARIS

2280

La nouvelle vie des autochromes du musée Albert Kahn

Le musée Albert Kahn a lancé aujourd’hui la nouvelle version de son site web, avec en particulier la mise en ligne d’une première partie des Archives de la Planète sous forme numérisée. J’étais hier, grâce à Diane Drubay et à l’équipe du musée, invité à visiter les jardins du musée ainsi que la salle des autochromes, avant de découvrir la maquette du site que vous pouvez consulter aujourd’hui.

Je dois commencer par une présentation du musée, et du philanthrope qui en est à l’origine, Albert Kahn. A la fin du 19ème siècle, Kahn fait aménager un jardin de scènes : quatre hectares de terrain, où chaque parcelle ressemble, l’une à un jardin japonais traditionnel, l’autre à un jardin japonais contemporain, ou encore un jardin français, un jardin anglais, ou une forêt vosgienne. Le terrassement crée des dénivelés entre chaque jardin, qui les rendent quasiment invisibles les uns par rapport aux autres, renforçant l’impression de changement d’univers.

Ces précieux jardins, entretenus avec minutie, étaient au départ plus réputés que le trésor que renferme le musée : les Archives de la Planète, un projet entrepris par Albert Kahn au début du 20ème siècle. Il part au Japon, en Chine, aux Etats-Unis, et prend des photographies avec le premier support photographique supportant la couleur, le procédé des plaques autochromes, première révolution de la photographie couleur, avant celle du procédé argentique, et plus récemment, du numérique. Il recrute ensuite des photographes professionnels qu’il envoie photographier des lieux du monde entier. Les plaques autochromes ainsi créées, au nombre de 72000, constituent le fonds du musée Albert Kahn, le plus important au monde. Nous avons pu, hier, visiter la salle des autochromes, normalement fermée au public, qui ressemble à ce qu’elle était dans les années 20, avec ses armoires renfermant toutes les boîtes à autochromes étiquetées. Les plaques autochromes elles-mêmes sont bien sûr maintenant conservées dans un autre lieu, spécialement étudié pour les conserver dans les meilleures conditions.

Depuis quelques temps, l’équipe du musée Albert Kahn a entrepris un travail qui n’est rien moins que l’accomplissement de la volonté du philanthrope, la continuité de la conservation des archives du monde entier, leur sauvegarde en même temps que leur diffusion au grand public. On dit qu’Albert Kahn pensait qu’en laissant tout le monde voir à quoi ressemble la planète en chacun de ses lieux, et qui sont ses habitants, il ne pourrait pas y avoir de haine. Aujourd’hui, le fruit de ce travail, vous pouvez le consulter sur le site du musée, où vous trouverez une première vague d’autochromes numérisés. J’ai été véritablement surpris, dans l’ensemble, par la qualité des images, même si certaines imperfections sont visibles, dues soit au support en lui-même, soit à son vieillissement.

Cette question du vieillissement, de la dégradation des supports, est d’ailleurs toujours le sujet d’un débat houleux. Dans quelle mesure faut-il intervenir sur les supports anciens, en les restaurant, en corrigeant l’image numérisée, pour donner une image « belle », j’aurais tendance à dire « vendeuse » ? Dans ce débat, le musée Albert Kahn prend la position de l’éthique de l’image, en choisissant justement de ne pas sur-intervenir sur les images, leurs défauts, décalages chromatiques, traces de vieillesse, appartenant justement à leur histoire. Dans le travail de numérisation, on fait ainsi en sorte que l’image obtenue grâce à la plaque autochrome soit aussi proche que possible de l’original.

Je vais bien sûr terminer cet article en vous incitant à aller visiter, idéalement, le musée à Boulogne-Billancourt, mais surtout son nouveau site, où vous pourrez appréhender l’immensité du projet des Archives de la Planète, qui représente encore aujourd’hui, à l’époque de sa numérisation, un très long travail d’écriture des légendes des images. Puisque dans les 72000 images sur autochromes, toutes n’ont pas pu être localisées géographiquement ! Le musée fait donc appel à votre mémoire, vos voyages, pour identifier les images qu’on ne sait pas situer, les images « naufragées ».

Et moi, je compte bien retourner, dans quelques semaines, dans les jardins du musée, pour voir fleuris les cerisiers japonais, et le jardin à la française !

Albert-Kahn, musée et jardins
10-14, rue du Port
92100 Boulogne-Billancourt

02

Electron libre, Massive Attack, un trip-hop de nuit

Cette nuit, du dimanche 7 au lundi 8 mars, à partir de 00h05, l’émission Electron libre de France Inter diffuse en exclusivité le concert que Massive Attack a donné à Milan à l’occasion de la sortie de leur nouvel album « Heligoland ».

Si vous aimez le trip-hop en général, et Massive Attack en particulier, si vous êtes déjà, comme votre serviteur, adorateur de la voix et du son, autrement dit un passager de la nuit radiophonique, et surtout si vous ne connaissez pas encore ce plaisir, allumez votre radio à 00h05 et venez avec nous écouter le doux son électronique de la dynamo étoilée du mécanisme de la nuit… [1]

[1] Ces derniers mots vous ont plu ? Ils viennent du poème Howl, écrit par Allen Ginsberg.

374

Strip-tease intégral de Ben : Rétrospective Ben Vautier à Lyon

Du 3 mars au 11 juillet, Ben Vautier envahit le musée d’art contemporain de Lyon : plus de 3000 mètres carrés, l’exposition la plus grande et la plus importante de Ben. Un artiste qui reste mal connu.

Tout le monde connaît Ben, vu que tout le monde a vu au moins une fois un agenda, un cahier de brouillon, un bloc-notes, portant l’écriture de Ben et son prénom. Tout le monde connaît Ben, sans pour autant savoir qu’il est artiste contemporain : est-il artiste contemporain, celui qui se contente de griffer du matériel de papeterie ?

Même si elle reste la plus connue, c’est seulement une de ses activités les plus récentes. Ben commence son activité artistique au milieu des années 50, en s’imprégnant d’une théorie du choc : « pour que le beau soit beau, il faut qu’il choque ou ait choqué ». Dès lors, il cherche le choc. Puis influencé par Yves Klein, Marcel Duchamp, le nouveau réalisme, il développe la théorie du nouveau et du tout possible en art. Possible, par exemple, de tout s’approprier. « L’art est dans l’intention » : Ben signe « les trous, les boîtes mystères, les coups de pieds, Dieu, les poules ». Il écrit, pour lui et par courrier, publie beaucoup, de la théorie, de la poésie, des idées.
En 1963, il fonde avec des amis le Théâtre Total : la troupe loue des salles en prétendant jouer Molière, mais en réalité les remplit de papier et casse des pianos. Il participe ensuite aux premiers happenings de France.
Il commence à être connu et à exposer au début des années 70 : ses expositions et festivals illustrent le non-art, l’anti-art, l’art inutile. Et reste préoccupé par la théorie : ses textes théoriques sont publiés. Plus tard, au cours des années 70, il donne des cours dans des écoles des Beaux-Arts en cherchant toujours à provoquer.
Il s’intéresse de plus en plus aux ethnies, jusqu’à vouloir abandonner l’art, au cours des années 80. Il écrit de plus en plus et peint de moins en moins. Mais ses citations sont appréciées : il y a toujours quelque chose à communiquer. En 1988, c’est le premier marketing de produits signés Ben : deux montres « J’ai le temps » et « Toujours en retard ».
Au cours des années 90 il essaie de trouver une idée neuve pour chaque expo. S’intéresse toujours particulièrement aux ethnies, provoque, expose, et … s’angoisse.

Je vous propose de terminer cette (trop) rapide présentation de l’oeuvre de Ben par cette citation : « Si je reste un jour dans l’histoire de l’art, c’est parce que le message écrit devient de plus en plus important. », et par un aveu : me documenter un peu sur Ben pour ce billet m’a fait découvrir beaucoup plus que ce que l’on voit au rayon papeterie, et m’entraîne vers le rayon des essais sur l’art.

Rétrospective Ben au MAC Lyon
Du 3 mars au 11 juillet 2010