Le musée de Cluny se pare d’un nouveau site web

Je ne parle pas de ce nouveau site web seulement parce que je connais personnellement plusieurs des personnes qui ont œuvré à sa mise au point : il se trouve que le musée de Cluny, qui possédait auparavant un site disons classique, se dote d’un nouvel espace à la pointe des technologies web (il est responsive !), éminemment connecté aux nouveaux usages et moyens de partage sur les réseaux sociaux, et que cette nouvelle mérite qu’on s’y attarde.

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Mais il ne suffit pas de multiplier les moyens de partage : il faut aussi avoir un contenu à partager ! Justement, le site web regorge de ressources pour tous les curieux quel que soit leur culture du Moyen-Âge : parcours découverte, dossiers thématiques, fiches des œuvres assorties de mots-clés permettant de retrouver toutes les fiches d’œuvres cousines (même période, même technique, même lieu de production, …) et jusqu’à des bibliographies détaillées.

Un point particulier de pédagogie était extrêmement important et le musée le présente : il y a beaucoup d’idées reçues sur le Moyen-Âge, et une page très accessible est consacrée à défaire une partie d’entre elles. Bravo !

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Pour autant, les informations principales et toujours cherchées en premier par le plus grand nombre de visiteurs, à savoir les informations pratiques pour la visite et la programmation, sont accessibles en un clic depuis n’importe quelle page du site.

La navigation est intuitive, le site est riche mais reste aéré… on ne peut que féliciter Claire, Audrey, Clara, et j’oublie certainement beaucoup de personnes, pour ce travail qui place sans nul doute le musée de Cluny comme ayant non seulement un des plus riches et modernes mais aussi un des mieux pensés des sites web de musées parisiens !

Le musée de Cluny est aussi très actif sur Twitter : retrouvez-le sur @museecluny !

Patrick Chambon, Le papier dans tous ses états à la Galerie Charlot

Où est passé le décor ? Il n’y a plus, ou presque plus ce décor, ce paysage qui était très présent dans les oeuvres de Patrick Chambon. Le papier peint s’est fait camouflage, peau d’âne, peau d’homme, peau d’âme.

Podane de Patrick Chambon collage-pastel sur papier 50 x 100 cm 2013

Podane
de Patrick Chambon
collage-pastel sur papier
50 x 100 cm
2013

Les hommes se font passer pour des animaux ou les animaux se font passer pour des hommes, mais ils sont trahis par leurs pieds, la première et dernière chose qui doive toucher terre et qui ne soit pas remplacée par des pattes. Âne à peau d’homme ou homme à peau d’âne, qui colle à la peau de qui, qui s’enroule dans qui, dans quoi ? La peau est comme un costume sorti, déplié, étendu, revêtu, pour substituer ses plis aux replis de celui qui le porte.

J’écris ici, et je tiens à le souligner, sur la seule base des images des oeuvres, et non après les avoir vues, ce qui sera très important. Il s’agit de papier, de collage, et les superpositions, leur ordre, présente, vous en conviendrez, lorsqu’il s’agit de déguisement, une importance cruciale.

Se déguise-t-on pour paraître meilleur ou simplement autre ? Les animaux de Patrick Chambon ne sont pas les héros de la faune : pas de lions ni d’aigles, pas de tigres mais des animaux à sabots. Mais l’âne, n’est-ce pas une figure récurrente du sujet chez l’artiste ? Quelles séquelles entraînent la punition qui consiste à porter un bonnet d’âne ?

 Peaudom 1 de Patrick Chambon collage-pastel sur papier 60 x 80 cm 2013


Peaudom 1
de Patrick Chambon
collage-pastel sur papier
60 x 80 cm
2013

Ou alors, faut-il regarder le déguisement des hommes de Patrick Chambon comme des opérations de tricherie ? On connaît son goût pour la pensée, les mots, la voix de Lacan, alors aurait-il voulu représenter l’autruicherie ? Est-ce une évocation de l’espace de création des enfants jouant avec les draps d’un lit et s’en faisant des univers, celui dont fait l’éloge Foucault en parlant des hétérotopies ? Qu’est-ce que le lieu du déguisement, du travestissement, est-il un espace de liberté ou de contrainte ?

Faut-il connaître l’intérieur ou l’extérieur pour connaître la vérité ? Le masque, le déguisement n’est-il pas plus vrai que celui qui le porte ? Le sujet ne peut-il dire la vérité sans un masque ? Pour aimer Lacan, l’artiste aime aussi Wilde.

L’exposition de Patrick Chambon, intitulée Le papier dans tous ses états, sera visible à la galerie Charlot du 6 mars au 12 avril 2014.

Je renouvelle mes remerciements à la galeriste Valérie Hasson-Benillouche pour ses choix qui ne m’ont jamais déçu, m’ont toujours interrogé et m’accompagnent depuis que j’ai commencé à modestement m’exprimer sur ce que je regarde.

Je félicite Patrick Chambon, je soumets à son commentaire ces quelques réactions et jeux de mots à chaud sur ses oeuvres récentes, tout en sachant qu’il pourra m’en dire un peu plus de vive voix. Il sera présent, en compagnie de Pontus Carle avec qui il partage les murs de la galerie, le jeudi 6 mars pour le vernissage de l’exposition !

Inauguration du Lab de l’Institut Culturel de Google et lancement de Google Open Gallery

Ce matin, Google présentait à la presse le Lab de son institut culturel, sis dans les locaux de son siège parisien, rue de Londres. J’y étais grâce à l’aimable invitation de leur service de presse. J’écris ces lignes peu après. (On m’a donné un dossier de presse mais vous me connaissez, je suis bien loin de me baser sur lui pour écrire mon billet.)

Je ne rentrerai pas dans les questions politiques qui accompagnent l’inauguration de ce centre culturel : boycott de l’évènement par la ministre de la culture, discussions fiscales entre l’état et Google… Les représentants de l’Institut Culturel Google ce matin n’ont pas mentionné de business model, ni d’accès payant aux services que l’Institut va proposer, rappelant que la mission de Google est de rendre accessible l’information à tous.

Le projet étant financé, concentrons-nous donc sur ce qui va exister, la forme que cela va prendre et le sens que cela pourra avoir.

Vous connaissiez le Google Art Project, qui avait rassemblé autour de lui des institutions de par le monde, numérisé une partie de ses salles et de ses collections dont certaines oeuvres en haute définition. Le château de Versailles comptait notamment parmi les premiers partenaires parisiens du projet, d’autres étaient moins enthousiastes ; on reprochait alors au géant de l’information son approche axée sur la prouesse technologique plus que sur la pédagogie ou les contenus. On avait affaire à quelque chose de globalement unidirectionnel, la seule liberté étant, pour les internautes, celle de se constituer des portfolios virtuels. Puis, on n’en a plus trop parlé, me semble-t-il.

Première annonce : aujourd’hui Art Project se voit rejoint par des « Evènements historiques » et des « World Wonders », et vous retrouverez tous les trois sur le site de l’Institut Culturel Google.

Google Art Project, version 2013

Google Art Project, version 2013

Mais ce serait bien insuffisant de s’arrêter là. A la réflexion, c’est sûrement cet aspect centralisé et unidirectionnel qui bloquait. On sentait bien qu’aujourd’hui ce n’est plus vraiment comme ça que les choses peuvent marcher sur le web, mais qu’il faut bien plutôt ouvrir au maximum la possibilité de publier. Et que les meilleurs sortent de la masse.

Deuxième annonce : dès aujourd’hui l’Institut Culturel Google a donc dépassé l’unidirectionnel en ouvrant deux espaces : l’un physique, le Lab, l’autre numérique, Google Open Gallery. Juste en sortant de la présentation et sans avoir même un premier regard rétrospectif il est encore tôt pour se prononcer mais hasardons quelques « plus » et quelques « moins ».

Read On…

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