Paris – Delhi – Bombay…, au Centre Pompidou

[Rating:2/3]

Du 25 mai au 19 septembre 2011, le Centre Pompidou invite près de 50 artistes français et indiens dans le but d’ouvrir un dialogue sur l’Inde d’aujourd’hui. Plus des deux tiers des artistes ont créé une oeuvre spécifique pour cette exposition/correspondance qui s’articule en six thèmes de civilisation. La discussion démarre-t-elle ?

En entrant dans l’exposition (je ne parle pas de l’oeuvre d’ORLAN qui orne l’entrée… j’aime bien ce qu’elle a fait au XXe siècle), deux oeuvres monumentales entrent dans notre champ de vision et annoncent le thème par un contraste saisissant : au fond, la tête sculptée de femme indienne de Ravinder Reddy et son évocation de la culture indienne traditionnelle ; à gauche, le mur de matériel informatique abandonné de Krishnaraj Chonat qui, lui, évoque le poids économique de l’Inde d’aujourd’hui, en particulier dans le domaine des nouvelles technologies… et l’empreinte que ce poids ne manque pas d’imprimer.

L’exposition est ensuite divisée en six sections qui adressent la situation de l’Inde contemporaine : politique, urbanisme et environnement, religion, foyer, identité, artisanat. Elles rayonnent autour d’un espace central qui donne des repères historiques et géographiques pour découvrir ou mieux comprendre la société indienne. Une organisation intéressante de l’exposition qui utilise des pictogrammes pour repérer les différents espaces. On regrettera toutefois, dans l’espace central, l’emploi d’une écriture grise sur un fond orange vif qui rend la lecture assez vite pénible.

Un mot sur la thématique et les objectifs de l’exposition, avant de parler des oeuvres exposées. J’avais une crainte a priori en imaginant une exposition qui vise à m’instruire sur un sujet, ici civilisationnel, en usant d’oeuvres d’art de commande. Qu’on m’entretienne d’un sujet historique avec des archives, c’est normal. L’art comme média, ça continue de me gêner… Je ne vais pas élaborer ici sur le statut des oeuvres de commande, je ne suis pas forcément contre. Mais si je suis persuadé que le génie dans le travail du commissaire d’exposition c’est de mettre en lumière des tensions et un dialogue entre des artistes et/ou des oeuvres, je ne crois pas que ce dialogue puisse être placé comme objectif avant même la réalisation des oeuvres.

Mais voyons ce qu’il en est, passons aux sections de l’exposition. Dans Politique, je note l’oeuvre de Sunil Gawde, une guirlande de fleurs qui aurait toute l’apparence de la douceur et de la convivialité si elle n’était pas faite d’autant de lames de rasoir qu’elle semble compter de pétales : évocation d’assassinats de personnalités politiques indiennes sous couvert de fêtes et de cadeaux. Dans la section Urbanisme et environnement, Hema Upadhyay renverse, verticalise, maquettise pour mettre sous nos yeux et autour de nous une représentation du bidonville de Dharavi à Bombay, qu’on ne peut pas, plus feindre de ne pas avoir vu. Notez que je n’ai pas encore parlé d’artistes français, qui me semblent rares à toucher juste. Dans la section Religion, ils s’en sont pourtant donné à coeur joie avec des Pierre & Gilles qui foncent joyeusement dans le cliché chatoyant, et un Loris Gréaud hélas un peu hors sujet. Si, Philippe Ramette signe une très, très belle oeuvre. Dans la section Foyer, le célèbre Subodh Gupta laisse une installation gigantesque et qui marque. Des autres oeuvres, on attendrait un peu plus, du coup. J’ai aimé, dans la section Identité, la collaboration entre Pushpamala N. et le studio Harcourt : ils placent la rencontre à l’origine de l’oeuvre plutôt qu’au moment de l’exposition, c’est sûrement une bonne piste pour aborder la question posée. Enfin, dans la section Artisanat, Jean-Michel Othoniel m’incite à repenser mon jugement sur la pertinence des artistes français et sur la possibilité d’une rencontre préméditée, en proposant une sculpture-instrument envoûtante, à la fois parfaitement intégrée dans les oeuvres indiennes et définitivement… Othonielienne. Bravo.

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