Le papier à l’oeuvre, au musée du Louvre

La note de Carpe Webem : ★★☆

Du 9 juin au 5 septembre 2011, le musée du Louvre consacre une exposition non pas à un artiste, non pas à une époque, non pas à un thème, mais à un moyen, à un des matériaux de l’artiste qui, s’il est toujours relégué dans une position mineure du cartel, fait souvent partie intégrante du processus de création de l’oeuvre. Une exposition qui bénéficie du soutien de, je vous le donne en mille : Canson.

Puisque c’est aux manières d’user le papier, d’user du papier qu’il est question, l’exposition regroupe les oeuvres selon les manières d’exploiter sa forme, sa couleur, voire de le contraindre ou de le blesser. Exploiter le relief et la couleur du papier remonte ainsi au XIVe siècle, puis cette pratique s’enrichit par la suite de l’assemblage de papiers multiples pour aller jusqu’aux oeuvres composées uniquement de collages. Avec la modernité apparaissent d’une part de nouvelles formes de papier comme le papier calque, inventé par Barthélémy de Canson au XIXe siècle, et d’autre part une plus grande liberté dans l’usage du papier. Désacralisation d’un support auparavant respecté comme noble, qui trouverait son origine dans la production industrielle de papier pour les journaux mais aussi à des fins publicitaires ? Toujourd est-il qu’à partir du XXe siècle, en même temps que le papier pour artistes est commercialisé en tant que tel (notamment par Canson) et affiché, étiqueté comme conçu, qui pour le crayon (papier Ingres), qui pour la craie Conté (papier Michallet), qui pour l’aquarelle, des artistes osent détourner et réutiliser des papiers fortuits, enveloppes, cartes de bibliothèques, articles de journaux et versos en tous genres, ou pire, torturer le papier « officiel » : froissé, déchiré, brûlé, c’est la marque et le souvenir du traitement réservé au support qui fait oeuvre. Très gros coup de coeur pour l’oeuvre de Christian Jaccard, Combustion, mèche noire et traces de brûlures sur Papier Canson II (1989).

« Nous avons essayé de nous débarrasser du trompe-l’oeil pour trouver les trompe-l’esprit. » — Picasso

L’exposition mêle avec un sens certain de l’à propos des oeuvres classiques et contemporaines dans ce qui constitue un bel apport à la question du rôle des matériaux dans la création, évoquée en particulier par Picasso : « Le but du papier collé était de montrer que des matériaux différents pouvaient entrer en composition, pour devenir dans le tableau une réalité en compétition avec la nature. Nous avons essayé de nous débarrasser du trompe-l’oeil pour trouver les trompe-l’esprit. »

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