La nouvelle vie des autochromes du musée Albert Kahn

Le musée Albert Kahn a lancé aujourd’hui la nouvelle version de son site web, avec en particulier la mise en ligne d’une première partie des Archives de la Planète sous forme numérisée. J’étais hier, grâce à Diane Drubay et à l’équipe du musée, invité à visiter les jardins du musée ainsi que la salle des autochromes, avant de découvrir la maquette du site que vous pouvez consulter aujourd’hui.

Je dois commencer par une présentation du musée, et du philanthrope qui en est à l’origine, Albert Kahn. A la fin du 19ème siècle, Kahn fait aménager un jardin de scènes : quatre hectares de terrain, où chaque parcelle ressemble, l’une à un jardin japonais traditionnel, l’autre à un jardin japonais contemporain, ou encore un jardin français, un jardin anglais, ou une forêt vosgienne. Le terrassement crée des dénivelés entre chaque jardin, qui les rendent quasiment invisibles les uns par rapport aux autres, renforçant l’impression de changement d’univers.

Ces précieux jardins, entretenus avec minutie, étaient au départ plus réputés que le trésor que renferme le musée : les Archives de la Planète, un projet entrepris par Albert Kahn au début du 20ème siècle. Il part au Japon, en Chine, aux Etats-Unis, et prend des photographies avec le premier support photographique supportant la couleur, le procédé des plaques autochromes, première révolution de la photographie couleur, avant celle du procédé argentique, et plus récemment, du numérique. Il recrute ensuite des photographes professionnels qu’il envoie photographier des lieux du monde entier. Les plaques autochromes ainsi créées, au nombre de 72000, constituent le fonds du musée Albert Kahn, le plus important au monde. Nous avons pu, hier, visiter la salle des autochromes, normalement fermée au public, qui ressemble à ce qu’elle était dans les années 20, avec ses armoires renfermant toutes les boîtes à autochromes étiquetées. Les plaques autochromes elles-mêmes sont bien sûr maintenant conservées dans un autre lieu, spécialement étudié pour les conserver dans les meilleures conditions.

Depuis quelques temps, l’équipe du musée Albert Kahn a entrepris un travail qui n’est rien moins que l’accomplissement de la volonté du philanthrope, la continuité de la conservation des archives du monde entier, leur sauvegarde en même temps que leur diffusion au grand public. On dit qu’Albert Kahn pensait qu’en laissant tout le monde voir à quoi ressemble la planète en chacun de ses lieux, et qui sont ses habitants, il ne pourrait pas y avoir de haine. Aujourd’hui, le fruit de ce travail, vous pouvez le consulter sur le site du musée, où vous trouverez une première vague d’autochromes numérisés. J’ai été véritablement surpris, dans l’ensemble, par la qualité des images, même si certaines imperfections sont visibles, dues soit au support en lui-même, soit à son vieillissement.

Cette question du vieillissement, de la dégradation des supports, est d’ailleurs toujours le sujet d’un débat houleux. Dans quelle mesure faut-il intervenir sur les supports anciens, en les restaurant, en corrigeant l’image numérisée, pour donner une image « belle », j’aurais tendance à dire « vendeuse » ? Dans ce débat, le musée Albert Kahn prend la position de l’éthique de l’image, en choisissant justement de ne pas sur-intervenir sur les images, leurs défauts, décalages chromatiques, traces de vieillesse, appartenant justement à leur histoire. Dans le travail de numérisation, on fait ainsi en sorte que l’image obtenue grâce à la plaque autochrome soit aussi proche que possible de l’original.

Je vais bien sûr terminer cet article en vous incitant à aller visiter, idéalement, le musée à Boulogne-Billancourt, mais surtout son nouveau site, où vous pourrez appréhender l’immensité du projet des Archives de la Planète, qui représente encore aujourd’hui, à l’époque de sa numérisation, un très long travail d’écriture des légendes des images. Puisque dans les 72000 images sur autochromes, toutes n’ont pas pu être localisées géographiquement ! Le musée fait donc appel à votre mémoire, vos voyages, pour identifier les images qu’on ne sait pas situer, les images « naufragées ».

Et moi, je compte bien retourner, dans quelques semaines, dans les jardins du musée, pour voir fleuris les cerisiers japonais, et le jardin à la française !

Albert-Kahn, musée et jardins
10-14, rue du Port
92100 Boulogne-Billancourt

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2 commentaires

  1. 18 mars 2010
    Répondre

    moi aussi j’ai envie d’y aller!
    tu m’as donné envie de découvrir les jardins et la collections du musée!
    hop! je file faire un tour sur le site ^^
    Merci!

  2. Guillaume Ansanay-Alex
    18 mars 2010
    Répondre

    Leslie :: Je vais dire quelque chose de très connu, mais chaque commentaire comme le tien justifie seul l’existence de ce blog. Merci !

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