Extinction, d’après Thomas Bernhard, au théâtre de la Madeleine

Du 9 mars au 18 avril 2010, Serge Merlin interprète au théâtre de la Madeleine une adaptation par Jean Torrent de l’Extinction de Thomas Bernhard.

Extinction est un texte de Thomas Bernhard sous forme d’autobiographie, de rétrospective, d’arbre généalogique d’un narrateur bien proche de l’auteur. Je préfère parler de texte que de roman : l’oeuvre de Bernhard est faite de monologues, de textes sans action qui tendent parfois vers l’essai. Son style se carcatérise par des phrases extrêmement longues faites de nombreuses propositions au cours desquelles un crescendo de dégoût, de dérision, d’auto-dérision parfois, se construit lentement, partant d’une analyse calme et posée pour exagérer petit à petit et terminer dans la destruction autant que dans la fuite, dans la caricature autant que dans la culpabilité. Cette progression, ce rythme cadencé par de nombreuses répétitions, font des monologues de Bernhard des textes implacablement prenants, des livres qu’on ne peut pas lâcher, une minutie dans l’exploration de l’âme humaine telle qu’il est presque impossible de ne pas être pris aux tripes.

Et c’est tout ce qu’on s’attend à retrouver dans une lecture de ses écrits. Hélas, hélas, hélas ! Pourquoi vouloir à tout prix adapter, interpréter Bernhard, et faire des sélections si elliptiques dans le texte original qu’elles font disparaître le lent crescendo vers la fureur qui peut mettre des pages entières, plusieurs pages, à s’installer vraiment, pour n’en laisser que le début et la fin, et ainsi passer en l’espace d’une seconde d’une phrase douce, hésitante, chuchotée, à une phrase violente et hurlée ? Serge Merlin connaît Bernhard aussi bien qu’on puisse le connaître, lit chaque phrase avec une grande justesse, mais j’ai eu de nombreuses fois l’impression qu’il en manquait… Alors, bien sûr, on ne peut pas lire toute l’Extinction au théâtre sans y passer plusieurs jours. Des comédiens ont déjà lu Bernhard, des extraits, des sélections, sans couper dans l’intégrité de chaque logorrhée nécessaire. Charles Berling, par exemple, il y a quelques temps maintenant, avait très bien lu Bernhard à l’auditorium du Louvre. J’aimerais écouter Serge Merlin, meilleur interprète de Thomas Bernhard au monde, le lire. Juste, le lire.

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