Digital Folklore par Olia Lialina et Dragan Espenschied, une brève histoire du web

Olia appartient à la première génération de net-artistes, Dragan aux pionniers du détournements de consoles de jeux à des fins musicales. Ensemble, ils se plongent dans le passé électronique mondial pour nous montrer ce qu’était le web à l’époque de sa liberté : un art populaire. Dans ce billet, j’essaie de vous faire partager un peu de leur conférence du 23 mars 2011 à l’auditorium de la Gaîté lyrique, mais ce ne sera certainement pas aussi émouvant et drôle que l’original ! (vidéo de la conférence en fin d’article)

Le péché originel

Si Internet a été inventé par des scientifiques, par des spécialistes, il est créé au quotidien et depuis son origine par ses utilisateurs. En cette matière, il y a un avant septembre 1993, et un après septembre 1993. En effet, jusqu’à ce légendaire mois de septembre, on accédait à Internet en étant étudiant, à la rentrée. Les étudiants/internautes débutants, les newbies, débarquaient sur Usenet (les forums des débuts de l’histoire du net) sous l’encadrement de leurs pères, les hackers (au sens originel et honorifique de bidouilleurs ancestraux) qui n’hésitaient pas à les remettre sur le droit chemin du bon usage et de la netiquette. Après chaque flux maîtrisé de débutants du mois de septembre, tout se passait donc bien. Jusqu’au mois de septembre 1993, September that never ended, où les particuliers abonnés d’AOL se virent donner le droit d’accéder à Usenet, ouvrant les vannes à un flot incommensurable de propos insipides ou ineptes, torrent de boue dans lequel les contributions pertinentes n’étaient plus que de minuscules pépites.

La création du web

L’autre événement marquant de l’histoire d’Internet fut l’apparition d’hébergeurs d’espaces web, où tout un chacun pouvait uploader ses propres pages HTML et ainsi laisser libre cours, moyennant un apprentissage de ce langage et éventuellement d’un outil de dessin, à sa créativité la plus débridée. Mythique fut Geocities : créé en 1994, cet hébergeur proposait plus d’espace de stockage que tout ce que vous pouviez imaginer à l’époque : 1 Mo ! Organisé en communautés thématiques menées par des « community managers » (oui, oui) experts de la plateforme et prompts à aider leur prochain, cette première mouture de Geocities gardait de l’ère des hackers universitaires la composante d’encadrement, d’apprentissage, peut-être de modération : à l’époque, mon premier PC à base de processeur 8088 me faisait découvrir les scripts shell et la programmation Q-Basic (j’avais 11 ans, hum), mais je n’avais pas encore de connexion internet, donc je ne saurais me souvenir de la modération de Geocities. Dès le rachat par Yahoo!, les communautés disparurent mais Geocities était déjà l’hébergeur de centaines de milliers d’espaces personnels.

Certes, on dira que l’esthétique de ces sites était pour le moins personnelle. Partant d’un chaos originel aux papiers peints principalement étoilés pour ces premiers explorateurs de l’inner/outer space électronique, des îlots s’organisèrent, des vocations naquirent, comme celles de créateurs de structures de sites (templates), de papiers peints, de boutons, et … de gifs animés.

Cette époque était celle d’avant le web « professionnel », corporate, lisse et bien finalisé. Le symbole de ce bon temps de la fin des années 1990, c’est l’image « Under construction » :

Elle signifie, cette page n’est pas terminée (elle ne le sera peut-être jamais…), mais elle vous est quand même ouverte, je ne vous cache pas où j’en suis, je n’attends pas que tout soit parfait, complet, pour vous laisser y accéder, je m’en remets à votre indulgence.

Grandeur et décadence

Aujourd’hui, il n’y a plus d’images « Under construction ». Tout doit être au point selon le cahier des charges. Les sites doivent être user-friendly et prompts à faciliter l' »expérience utilisateur », les blogs suivent un thème, les thèmes suivent un agencement en colonnes, le contenu est géré par un moteur identique dans 90% des cas, je ne citerai pas de nom, je suis dans le même panier. Dans les réseaux sociaux, on choisit un avatar que l’on ne peut pas animer, et on remplit sa fiche qui sera formatée comme toutes les autres fiches. Certes, l’utilisateur a gagné la facilité d’utilisation, la « démocratisation » par l’abaissement général du niveau… que l’on constate hélas tous les jours.

Olia Lialina et Dragan Espenschied publient le livre Digital Folklore, explorent le téra-octet d’archives de Geocities créé à la fermeture du service en 2009, et tiennent un blog, One Terabyte of Kilobyte Age, où ils relatent leurs découvertes.

La conférence en vidéo :

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