La note de Carpe Webem : 


Du 30 mai au 1er octobre 2011, le musée de la Poste consacre une rétrospective à l’oeuvre entre installations et peinture de l’artiste allemand Nils-Udo.
La note de Carpe Webem : 


Du 30 mai au 1er octobre 2011, le musée de la Poste consacre une rétrospective à l’oeuvre entre installations et peinture de l’artiste allemand Nils-Udo.
La note de Carpe Webem : 


Du 24 mai au 25 septembre 2011, le collectif d’artistes France Fiction crée un nouveau Billes-Club installé au sous-sol du Jeu de Paume, l’emplacement dédié à sa programmation satellite. Envie de venir jouer ?
Du 11 mai au 23 juin 2011, la Nef du Grand Palais héberge Monumenta 2011 : comme les années précédentes, une oeuvre monumentale d’un artiste contemporain, créée explicitement pour ce lieu. Cette année, c’est Anish Kapoor, sculpteur de formes idéalisées, qui se prête au jeu et nous offre Leviathan : une oeuvre, voire deux.
D’abord une Inflatable structure…
Invité à produire une oeuvre de l’envergure de la Nef du Grand Palais, Anish Kapoor a produit une forme et une couleur spécifiquement adaptée à l’immensité et au style Art nouveau de la Nef. Fidèle aux intentions qui caractérisent son oeuvre, Kapoor s’oriente vers la canonicité, l’idéalité d’une forme qui se libère de la main de l’artiste. Elle n’est alors plus qu’une expression épurée, une question, des questions ou plutôt des doutes sur la dualité de toute son expérience : animé/inanimé, ouvert/fermé, intérieur/extérieur, plein/vide, lumière/pénombre, peinture/sculpture. Pour aller encore plus loin, on peut avancer que l’objectif est même de se libérer du matériau solide : le sculpteur procède normalement par assemblage, en ajoutant de la matière, ou par taille, en enlevant de la matière. Dans cette Inflatable structure, la forme n’existerait pas sans l’air qu’elle contient, c’est une sculpture d’air sous surpression de 100m de long dans un espace où la pression est normale, sa « peau » n’est épaisse que de 2mm.
… puis un Leviathan
Si Inflatable structure pouvait désigner le projet (par opposition à l’autre projet d’Anish Kapoor, Entropic landscape dont nous parlerons dans un autre billet), ce n’était pas le titre de l’oeuvre. Kapoor a longtemps résisté aux demandes incessantes de lui donner un nom. Le faire, surtout lorsqu’on choisit Leviathan, c’est immédiatement lui imposer des références si identifiables, si précises qu’elles la dénaturent, l’orientent. La dualité entre la sensation presque intra-utérine, protectrice et son contraire intra-stomacal menace de s’envoler lorsqu’on pense Leviathan. C’est ainsi que l’on peut se plaire à distinguer deux oeuvres : la sculpture, et son titre. A quoi renvoie Leviathan ? D’abord au monstre biblique, mais aussi à l’ouvrage de philosophie politique de Hobbes, et c’est plutôt à ce dernier qu’Anish Kapoor semble faire référence. Des pistes de réflexion par rapport à l’oeuvre ? Dans Leviathan, Hobbes défend la thèse selon laquelle l’absence de société, le fait de laisser l’humanité à l’état de nature mène au chaos, et que la seule solution pour y remédier est d’établir un solide gouvernement : c’est le contrat social entre sécurité et obéissance, qui s’il est rompu par un gouvernement n’assurant plus la sécurité, laisse les hommes revenir à l’état de nature. Je n’en dis pas plus… seulement que plus j’y pense et plus je me dis que Kapoor a peut-être voulu aller encore plus loin que ses prédécesseurs : Leviathan, c’est la sculpture et le Grand Palais.
Les Monumenta se suivent mais ne se ressemblent pas, que ce soit dans leurs oeuvres ou dans la programmation culturelle qui les accompagnent. L’année dernière, Christian Boltanski proposait l’installation Personnes, dont je pense que je ne me remettrai jamais vraiment : une oeuvre profondément émotionnelle et profondément mentale, comme une reconstitution, qui ouvrait de nombreuses pistes d’analyse et de réflexion. Une douzaine de conférences sous forme de tables rondes d’intellectuels et d’artistes de tous horizons avaient donc été organisées : leur contenu était très riche, et j’avais retranscrit ici le contenu de plusieurs d’entre elles.
Leviathan est (présentée comme) une oeuvre beaucoup plus plastique, de l’ordre de la sensation, du corporel, une épreuve de l’ordre du questionnement sur la limite et la différenciation. Le choix qui a été fait n’est donc pas cette année de conceptualiser cette oeuvre depuis de nombreux points de vue théoriques, mais de la confronter à d’autres expériences sensorielles lors de rencontres, qu’elles soient architecturales, chorégraphiques ou musicales, et que vous retrouverez en nocturne les jeudi soir.
La volonté de Monumenta 2011, c’est donc de montrer comment durant six semines cette oeuvre va vivre ou abriter la vie. Au cours de la journée d’abord : de par ses propriétés physiques, elle offre un spectacle différent au petit matin, à midi, le soir, en plein soleil ou par temps couvert. Au cours des semaines ensuite, avec les rencontres artistiques des jeudi soir. Notez que pour vous permettre d’expérimenter l’oeuvre sous différentes lumières, les billets d’entrée seront valables toute la journée.
Je n’ai volontairement pas raconté l’expérience que l’on vit en entrant dans Léviathan pour que vous ne vous y prépariez pas. Cela va bien au-delà de ce que l’on peut imaginer en voyant les images ci-dessus. Pour vous faire une idée, allez-y, et retournez-y. J’y suis entré trois fois et l’ai vécu trois fois différemment.
Du 22 avril au 19 juin 2011, le Palais de Tokyo donne enfin la parole aux ready-made en accueillant l’oeuvre d’Alexandre Singh, La critique de l’école des objets, une installation sous forme de pièce de théâtre dont les comédiens sont des objets.
Daphné du Saut, Slinky aux couleurs affriolantes, avec l’aide de son assistante Penny Léger, jeune sculpture informe, invite chez elle une petite société d’amis : Osmin Moïse et Lucien de Samosate, deux lecteurs de cassettes aux opinions opposées sur l’art, Sergueï Skoffavitch, bouteille d’eau de Javel coureur de jupons, et Despina Hall, grille-pain qui a tendance à s’échauffer rapidement et à fumer de colère.
Ils parlent de l’art en général et de L’école des objets, une exposition qui ne montrait que des objets sur des socles, et sur laquelle leur avis est plus que partagé. Nous avons donc affaire à une oeuvre d’art qui se charge elle-même de sa critique ! Parlant d’art, ils abordent rapidement le sujet de la vie, la leur et celle des humains. Tout comme dans une discussion entre humains mondains, certains pontifient, méprisent leurs (dis)semblables qui ressassent des poncifs préfabriqués par la culture de masse, mais certaines de leurs remarques, venant d’objets, font mouche, trouvent une efficacité qu’elles n’auraient pas eu dans la bouche d’un comédien en chair et en os.
Au delà de l’oeuvre, le spectacle des visiteurs mérite aussi commentaire. La « scène » n’est pas fermée au public qui a le droit d’y déambuler. Pourtant, la majorité des visiteurs, moi y compris, respectent le code du théâtre : on ne marche pas sur scène pendant la représentation. D’autres n’hésitent pas et s’installent sur scène, voire se couchent sur la moquette qui recouvre le sol. Mais tous regardent les objets lorsqu’ils sont éclairés et prennent la parole. Et sans comédiens, sans jeu de scène, on se prend au non-jeu, on rit même, et on reste pour la petite heure que dure la pièce. A la fin, un malaise : applaudir ? Applaudir qui ? Lors du vernissage, des applaudissements, lors d’une visite suivante, pas d’applaudissements. On applaudit, parfois, au cinéma : il n’y a pourtant pas d’acteurs présents, seulement leurs images en mouvement. Question, question. Les visiteurs sortent silencieux, pensifs, et se dirigent vers le bureau des médiateurs en sortant. Ils ont besoin d’en parler. C’est beau.
Des extraits de La critique de l’école des objets sont à écouter sur France Culture : 1 2 3 4 5
Du 2 mars au 4 juillet 2011, le Centre Pompidou invite François Morellet et accueille l’exposition Réinstallations, une sélection effectuée avec l’artiste qui, comme son nom l’indique, montre un aspect particulier de son oeuvre, une extension de son oeuvre de peintre, les installations, dont certaines créées spécialement pour cette rétrospective.
Depuis sa première exposition en 1950, et jusqu’à aujourd’hui, François Morellet, en utilisant divers matériaux (ruban adhésif, poutres néons, traits de craie,…), a créé des installations abstraites à travers des systèmes ordonnés ou hasardeux mais toujours sous la contrainte d’une méthode. Je ne sais pas ce que François Morellet dit de son oeuvre, mais j’y ai trouvé deux mouvements bidirectionnels : une convocation de la nature sur le mur d’exposition en même temps que son évasion, et un va-et-vient entre l’oeuvre et le spectateur.
De la nature au mur, et comment elle s’en évade
Dans ses Géométrees (Géométree n°5, 1983 et Géométree n°93, 1985), ce sont des tiges, herbes, branchages qui sont convoqués sur les murs blancs de l’exposition comme représentants des formes abstraites qu’ils contiennent. En étendant cette idée un degré au-dessus, les Défigurations détachent des représentations figuratives de la réalité leurs postures principales sous la forme de carrés blancs projetés, eux aussi, sur les murs blancs du musée (un clin d’oeil insistant à Malevitch). Le mouvement en sens inverse d’évasion de la forme abstraite inscrite en deux dimensions dans le mur est déjà présente dans les Géométrees : la ligne droite, noire, essentielle, transcendante, s’incarne dans une ligne particulière, unique, qui la masque, devant elle et décollée du mur, la branche d’arbre. Dans 4 angles droits composés de 2 poutres coupées d’onglets et de 2 lignes au mur, 1982 ou Carré à demi libéré, 1990, c’est encore la forme abstraite, cette fois-ci fragile, un simple trait de craie, qui se libère et se renforce à l’infini, quittant la surface du mur pour devenir une poutre de bois qui s’avance vers le spectateur.
De l’oeuvre au spectateur et retour
C’est une des manifestations du mouvement de l’oeuvre vers le spectateur, une avancée vers lui, une menace sur lui peut-être pas, en tout cas une volonté de l’impressionner au sens photographique du terme. Exemple dès le début de l’exposition avec Néons 0°-45°-90°-135° avec 4 rythmes interférents, 1963-2011 avec ses clignotements dans toutes les directions qui se superposent sur la rétine du spectateur. En quelque sorte, on ne regarde pas cette oeuvre, mais elle vient se projeter sur l’écran noir que l’on ne peut voir que pendant quelques instants grâce à la persistance rétinienne. Mais Morellet intervient pour permettre une action en sens inverse du spectateur : dans 2 trames de tirets 0°-90° avec participation du spectateur, 1971 et 2 trames 45°-135° de néons interférents, 1972, des boutons de commande permettent respectivement d’allumer ou d’éteindre certains tirets et de déclencher le clignotement d’une ou de l’autre trame. Le spectateur-acteur a alors la sensation démiurgique de pouvoir piloter une installation monumentale, sans toutefois la contrôler totalement puisqu’elle conserve un caractère aléatoire. Un message à l’attention d’une humanité qui se croirait maître de la nature ?
Du 2 mars au 23 mai 2011, l’exposition My Way au Centre Pompidou constitue la première rétrospective des oeuvres de Jean-Michel Othoniel depuis 1986.
Après ses premiers travaux photographiques consacrés au thème de l’insuccès, Othoniel a adopté les installations, puis la sculpture, en explorant divers matériaux. D’abord, le soufre qu’il utilise en quantités de plus en plus importantes, pour des moulages (L’âme moulée au cul, 1989) ou des sculptures. Othoniel développera durant les années 90 des séries de sculptures sur le thème des fragments de corps (un de ses motifs privilégiés est le téton qu’il reproduit en grands nombres sur des toiles, des « post-tits », des installations d’anneaux qui préfigurent ceux qui accompagneront les perles à venir) et plus particulièrement des orifices humains : oeil, nombril, bouche (Glory Holes, 1995) mais aussi sexe et anus, avec des formes organiques ambiguës qui voient les premières utilisations du verre de Murano. A ce stade de ma visite, je me suis demandé pourquoi on m’avait parlé de la grâce dans l’oeuvre d’Othoniel, je ne vous le cache pas.
Tout à coup, en passant de la salle 6 à la salle 7 de l’exposition, on aborde le XIXe siècle et on retrouve l’Othoniel des affiches de l’exposition, l’Othoniel de la bouche de métro Palais Royal (Le Kiosque des Noctambules, 2000), l’Othoniel de la grâce et du réenchantement du quotidien (Diary of happiness, 2008 est un boulier/calendrier permettant de qualifier chaque jour comme heureux ou triste pour aboutir à une forme synthétique, à un bilan annuel de bonheur) ou des sujets les plus tristes (Le Bateau de Larmes, 2004). On va même jusqu’à trouver un Othoniel poétique, physique et métaphysique, avec des structures monumentales de perles de verre miroité surdimensionnées, qui reflètent la salle et ses visiteurs et montrent comme un perlage de mondes possibles. Avec Noeud de Lacan, 2009 et Double noeud de Lacan, 2011, on touche même au psychanalytique, en matérialisant le noeud borroméen utilisé par Lacan pour représenter les trois dimensions nouées de l’imaginaire, du symbolique et du réel. Un spectacle final qui donne à penser, heureusement.
Du 1er mars au 8 mai 2011, le duo Société Réaliste propose au Jeu de Paume un ensemble d’oeuvres sous forme de programme critique de l’individualisme, du libéralisme, des structures de pouvoir et de leurs moyens.
Plus qu’exposer, Société Réaliste déploie avec Empire, State, Building un dispositif d’exposition structuré autour de deux oeuvres principales :
The Fountainhead (2010) est le premier long-métrage de Société Réaliste. Initialement, c’est un film de 1949 d’après un scénario d’Ayn Rand, libérale radicale qui glorifie dans le film la réussite économique d’un architecte, égoïste, phallocrate, figure d’individualisme. The Fountainhead original esquisse le capitalisme contemporain. Société Réaliste retire de ce film tout son et tout personnage pour ne plus représenter que le symptôme du capitalisme dans l’architecture moderne, l’empreinte positive des structures de pouvoir.
C’est cette vidéo, visible en face de l’entrée de la première salle, qu’il faut je pense regarder en premier : en effet, le reste de l’exposition est composé d’éléments critiques formant un espace spéculatif qui répond à The Fountainhead. Cet espace est structuré par des rappels topologiques à la deuxième oeuvre centrale de l’exposition, Culte de l’Humanitée (2011) (la « faute » est volontaire et fait partie du nom de l’oeuvre), vers laquelle vous vous dirigerez après avoir vu The Fountainhead et que vous trouverez dans la deuxième salle. Culte de l’Humanitée évoque pour mieux le critiquer le positivisme scientifique et politique d’Auguste Comte (1798-1857) et son influence sur les futurs positivistes brésiliens, qui contribuèrent au renversement de l’empereur et à la proclamation de la République en 1889. Un sujet éminemment d’actualité. Tout comme le drapeau brésilien est orné du ciel étoilé au dessus de Rio de Janeiro la nuit du 14 au 15 novembre 1889, Société Réaliste construit Culte de l’Humanitée comme la superposition du ciel parisien du 5 au 6 octobre 1789 et du calendrier imaginé par Auguste Comte, où chaque mois, semaine et jour porte le nom d’une personnalité ayant marqué l’Histoire de l’Humanité. Dans tout ce calendrier, seulement 13 noms de femmes…
Toutes les autres oeuvres sont ensuite situées dans un espace/temps en niveaux de gris, au milieu de dates/étoiles extraites de Culte de l’Humanitée. Chacune de ces pièces interroge un aspect de la production et de la reproduction de pouvoir. Par exemple, dans ses systèmes de signes et de valeurs : New Alphabetical Order (2009) est une proposition d’alphabet reconnaissant la prépondérance de l’argent.
Plusieurs oeuvres fonctionnent en groupe et étudient les modèles de construction de l’espace-Etat. Par une méthode à la fois absurde et froidement scientifique, Société Réaliste démontre notamment avec Cosmopolites de tous les pays encore un effort (2010), en superposant les frontières des 192 Etats membres de l’ONU, que l’Etat « moyen » est très proche d’un carré, et que sa capitale est proche du centre de celui-ci. L’endroit le plus stratégique pour contrôler un empire, un panoptique à l’échelle nationale.
Empire, State, Building est une exposition/espace/oeuvre totale tant par les liens logiques finement tissés entre ses éléments que graphiquement par les couleurs, ou plutôt par l’absence de couleurs. Des références, de la réflexion, une promesse d’effervescence intellectuelle. On y court !