Archive pour la catégorie ‘Beaux Arts’

« Vanités », au musée Maillol

Vendredi 12 mars 2010

Du 3 février au 28 juin 2010, le musée Maillol propose une exposition sur l’art des vanités, de Caravage à Damien Hirst, plaisamment intitulée « C’est la vie ». Je l’ai visitée il y a un mois, en compagnie d’Olivia. Notez que cet article n’est pas illustré, pour une raison que vous lirez plus loin.

L’exposition s’annonce dès l’entrée comme une rétrospective des vanités. Ayant entendu avant, pendant, et après l’exposition des visiteurs se demandant « Mais pourquoi ça s’appelle Vanités ? » (sic), je me permets une explication, nous sommes là pour ça : la vie humaine est par nature éphémère et vaine, et les tentations et cadeaux du monde matériel ne sont d’aucune aide face à la mort, qui fauchera sans coup férir. On appelle ainsi vanité une oeuvre qui évoque cette inéluctabilité de la fin.

Les grands noms sont là, comme annoncé, de Caravage à Hirst en passant par Francisco de Zurbaran, Andy Warhol, Subodh Gupta, Boltanski, ou plutôt dans l’ordre inverse, la rétrospective étant annoncée antichronologique. A quelques exceptions près, curieusement : on trouve un Hirst dans l’étage des Classiques, ainsi qu’un théâtre d’ombres de Boltanski. Une incohérence qui a visiblement inspiré un artiste contemporain, qui n’était pas invité, mais s’est senti la liberté de venir punaiser une esquisse de crâne dans la même pièce que l’oeuvre de Boltanski, le week-end dernier.

L’audioguide est très accessible et donne de nombreux repères biographiques et de décryptage, mais va malheureusement trop loin : plus loin en tout cas que la mission que l’on attendrait de lui, puisqu’il vient indiquer presque systématiquement au visiteur une interprétation moralisatrice de l’oeuvre. A mon sens, il y a donc presque à chaque fois une phrase de trop.

Reste une question que j’aimerais soulever, et qui est loin de ne concerner que le musée Maillol. Nous avons croisé à plusieurs reprises, non pas une personne chargée de la médiation culturelle et avec qui j’aurais justement pu échanger sur les points évoqués ci-dessus, mais une personne qui traquait tout visiteur ayant la velléité manifeste de prendre une photo, d’une oeuvre ou d’une des citations projetées sur les murs du musée. Et donc, j’aimerais que l’on m’explique. Je crois pouvoir éliminer sans risque l’explication de l’atteinte à l’intégrité des oeuvres : la vaisselle en inox de Subodh Gupta n’a que faire d’un, cent, mille flashs, et je ne parle même pas des crânes de Hirst. La propriété intellectuelle ? Certainement, mais si je ne m’abuse, les images des oeuvres exposées sont visibles par tous sur Internet, dans une très belle qualité et une grande résolution, sur le site flambant neuf du musée Maillol lui-même, dont Diane Drubay parlait récemment.

N’étant pas un digne représentant de la presse d’art, je n’ai pas sollicité du musée qu’il m’envoie des visuels d’illustration. En tant que simple visiteur de l’exposition, et visiteur obéissant, je n’ai donc pas pris de photo. Et c’est pourquoi vous n’en voyez pas ici.

« C’est la vie ! » : Vanités de Caravage à Damien Hirst
du 3 février au 28 juin 2010
Musée Maillol
61 rue de Grenelle
75007 PARIS

La nouvelle vie des autochromes du musée Albert Kahn

Mardi 9 mars 2010

Le musée Albert Kahn a lancé aujourd’hui la nouvelle version de son site web, avec en particulier la mise en ligne d’une première partie des Archives de la Planète sous forme numérisée. J’étais hier, grâce à Diane Drubay et à l’équipe du musée, invité à visiter les jardins du musée ainsi que la salle des autochromes, avant de découvrir la maquette du site que vous pouvez consulter aujourd’hui.

Je dois commencer par une présentation du musée, et du philanthrope qui en est à l’origine, Albert Kahn. A la fin du 19ème siècle, Kahn fait aménager un jardin de scènes : quatre hectares de terrain, où chaque parcelle ressemble, l’une à un jardin japonais traditionnel, l’autre à un jardin japonais contemporain, ou encore un jardin français, un jardin anglais, ou une forêt vosgienne. Le terrassement crée des dénivelés entre chaque jardin, qui les rendent quasiment invisibles les uns par rapport aux autres, renforçant l’impression de changement d’univers.

Ces précieux jardins, entretenus avec minutie, étaient au départ plus réputés que le trésor que renferme le musée : les Archives de la Planète, un projet entrepris par Albert Kahn au début du 20ème siècle. Il part au Japon, en Chine, aux Etats-Unis, et prend des photographies avec le premier support photographique supportant la couleur, le procédé des plaques autochromes, première révolution de la photographie couleur, avant celle du procédé argentique, et plus récemment, du numérique. Il recrute ensuite des photographes professionnels qu’il envoie photographier des lieux du monde entier. Les plaques autochromes ainsi créées, au nombre de 72000, constituent le fonds du musée Albert Kahn, le plus important au monde. Nous avons pu, hier, visiter la salle des autochromes, normalement fermée au public, qui ressemble à ce qu’elle était dans les années 20, avec ses armoires renfermant toutes les boîtes à autochromes étiquetées. Les plaques autochromes elles-mêmes sont bien sûr maintenant conservées dans un autre lieu, spécialement étudié pour les conserver dans les meilleures conditions.

Depuis quelques temps, l’équipe du musée Albert Kahn a entrepris un travail qui n’est rien moins que l’accomplissement de la volonté du philanthrope, la continuité de la conservation des archives du monde entier, leur sauvegarde en même temps que leur diffusion au grand public. On dit qu’Albert Kahn pensait qu’en laissant tout le monde voir à quoi ressemble la planète en chacun de ses lieux, et qui sont ses habitants, il ne pourrait pas y avoir de haine. Aujourd’hui, le fruit de ce travail, vous pouvez le consulter sur le site du musée, où vous trouverez une première vague d’autochromes numérisés. J’ai été véritablement surpris, dans l’ensemble, par la qualité des images, même si certaines imperfections sont visibles, dues soit au support en lui-même, soit à son vieillissement.

Cette question du vieillissement, de la dégradation des supports, est d’ailleurs toujours le sujet d’un débat houleux. Dans quelle mesure faut-il intervenir sur les supports anciens, en les restaurant, en corrigeant l’image numérisée, pour donner une image « belle », j’aurais tendance à dire « vendeuse » ? Dans ce débat, le musée Albert Kahn prend la position de l’éthique de l’image, en choisissant justement de ne pas sur-intervenir sur les images, leurs défauts, décalages chromatiques, traces de vieillesse, appartenant justement à leur histoire. Dans le travail de numérisation, on fait ainsi en sorte que l’image obtenue grâce à la plaque autochrome soit aussi proche que possible de l’original.

Je vais bien sûr terminer cet article en vous incitant à aller visiter, idéalement, le musée à Boulogne-Billancourt, mais surtout son nouveau site, où vous pourrez appréhender l’immensité du projet des Archives de la Planète, qui représente encore aujourd’hui, à l’époque de sa numérisation, un très long travail d’écriture des légendes des images. Puisque dans les 72000 images sur autochromes, toutes n’ont pas pu être localisées géographiquement ! Le musée fait donc appel à votre mémoire, vos voyages, pour identifier les images qu’on ne sait pas situer, les images « naufragées ».

Et moi, je compte bien retourner, dans quelques semaines, dans les jardins du musée, pour voir fleuris les cerisiers japonais, et le jardin à la française !

Albert-Kahn, musée et jardins
10-14, rue du Port
92100 Boulogne-Billancourt

Strip-tease intégral de Ben : Rétrospective Ben Vautier à Lyon

Vendredi 5 mars 2010

Du 3 mars au 11 juillet, Ben Vautier envahit le musée d’art contemporain de Lyon : plus de 3000 mètres carrés, l’exposition la plus grande et la plus importante de Ben. Un artiste qui reste mal connu.

Tout le monde connaît Ben, vu que tout le monde a vu au moins une fois un agenda, un cahier de brouillon, un bloc-notes, portant l’écriture de Ben et son prénom. Tout le monde connaît Ben, sans pour autant savoir qu’il est artiste contemporain : est-il artiste contemporain, celui qui se contente de griffer du matériel de papeterie ?

Même si elle reste la plus connue, c’est seulement une de ses activités les plus récentes. Ben commence son activité artistique au milieu des années 50, en s’imprégnant d’une théorie du choc : « pour que le beau soit beau, il faut qu’il choque ou ait choqué ». Dès lors, il cherche le choc. Puis influencé par Yves Klein, Marcel Duchamp, le nouveau réalisme, il développe la théorie du nouveau et du tout possible en art. Possible, par exemple, de tout s’approprier. « L’art est dans l’intention » : Ben signe « les trous, les boîtes mystères, les coups de pieds, Dieu, les poules ». Il écrit, pour lui et par courrier, publie beaucoup, de la théorie, de la poésie, des idées.
En 1963, il fonde avec des amis le Théâtre Total : la troupe loue des salles en prétendant jouer Molière, mais en réalité les remplit de papier et casse des pianos. Il participe ensuite aux premiers happenings de France.
Il commence à être connu et à exposer au début des années 70 : ses expositions et festivals illustrent le non-art, l’anti-art, l’art inutile. Et reste préoccupé par la théorie : ses textes théoriques sont publiés. Plus tard, au cours des années 70, il donne des cours dans des écoles des Beaux-Arts en cherchant toujours à provoquer.
Il s’intéresse de plus en plus aux ethnies, jusqu’à vouloir abandonner l’art, au cours des années 80. Il écrit de plus en plus et peint de moins en moins. Mais ses citations sont appréciées : il y a toujours quelque chose à communiquer. En 1988, c’est le premier marketing de produits signés Ben : deux montres « J’ai le temps » et « Toujours en retard ».
Au cours des années 90 il essaie de trouver une idée neuve pour chaque expo. S’intéresse toujours particulièrement aux ethnies, provoque, expose, et … s’angoisse.

Je vous propose de terminer cette (trop) rapide présentation de l’oeuvre de Ben par cette citation : « Si je reste un jour dans l’histoire de l’art, c’est parce que le message écrit devient de plus en plus important. », et par un aveu : me documenter un peu sur Ben pour ce billet m’a fait découvrir beaucoup plus que ce que l’on voit au rayon papeterie, et m’entraîne vers le rayon des essais sur l’art.

Rétrospective Ben au MAC Lyon
Du 3 mars au 11 juillet 2010

Beaux Arts Magazine et la « poubelle des bloggeurs »

Dimanche 28 février 2010

Je n’invente rien, je ne fais que citer, vous avez bien lu. C’est dans le numéro 309 de Beaux Arts Magazine, numéro spécial consacré à ce qui a changé de 2000 à 2010 et ce qui va changer de 2010 à 2020. De 2000 à 2010, donc, nous aurions connu le discrédit des intellectuels et la quasi-disparition de la critique d’art. Et c’est là, en page 55, que l’on parle de, je cite, « l’affaiblissement de la critique (souvent reléguée aux jeux d’opinion et à la grande poubelle des bloggeurs) ».

Voilà qui va probablement faire un grand plaisir à Alexia Guggémos, Diane Drubay, Marianna Gelussi, Anne Malherbe, Elisabeth Lebovici, Marc Lenot alias Lunettes rouges, j’en oublie certainement mais ce sont les blogs d’art que je lis et chez qui j’apprends beaucoup, aussi je n’apprécie pas particulièrement qu’on les traite ainsi. Il y a aussi tous les blogueurs qui, comme moi, sont des amateurs, qui jamais ne se sont réclamés d’une quelconque légitimité ni d’un statut professionnel de journalisme, et qui pourtant se passionnent pour l’art et les questions qu’il pose, jusqu’à se déplacer aux expositions, s’y attarder, y retourner, suivre des conférences, lire des critiques, et s’efforcer d’écrire des articles pour faire partager leur expérience sur leurs blogs.

Mais à lire Beaux Arts Magazine, tout cela ne serait donc que détritus, contenu sans valeur, bon à jeter. Mais qu’avons-nous fait aux journalistes pour qu’ils nous détestent de la sorte ?

Après, et d’autres oeuvres, au MAC/VAL, visite du dimanche

Jeudi 11 février 2010

Christian Boltanski expose une oeuvre en deux parties : Personnes, au Grand Palais, du 13 janvier au 21 février 2010, et Après, au MAC/VAL, le musée d’art contemporain du Val de Marne, du 24 janvier au 21 février 2010.

Ce dimanche, avec Olivia, nous sommes retombés dans nos souvenirs de voyages scolaires en prenant la navette reliant le Grand Palais au MAC/VAL. 30 minutes en car, un car plein, pour visiter la deuxième oeuvre de Christian Boltanski, Après.

Si Personnes évoque l’Humanité et l’arbitraire qui fait passer de la vie à la mort, Après nous place dans une ville obscure peuplée de morts qui s’interrogent sur les conditions de leur arrivée ici, leur disparition.

La stratégie de médiation culturelle est différente de celle adoptée au Grand Palais, mais ne m’a pas déplu. On trouve près des guichets, dans l’entrée du musée, un dépliant présentant l’oeuvre, et qui permet d’avoir une grille de lecture à utiliser avant, pendant, ou après sa sortie de l’oeuvre. Pour tous ceux qui, comme moi, sont trop timides pour s’adresser aux médiateurs.

Cette visite fut aussi l’occasion de voir quelques autres oeuvres hébergées au MAC/VAL, comme Ryder Project, d’Alain Bublex, et Expansion of a Closure Step 1, de Tatiana Trouvé, qui m’ont particulièrement plu. Je préfère ne pas vous parler de l’oeuvre de Tatiana Trouvé pour préserver l’effet de décalage qu’elle doit procurer. Ryder Project est une installation composée d’une vidéo couleur muette d’une durée de 48 heures, présentée dans une toute petite salle de cinéma, avec des boissons mises à disposition des visiteurs sur une table. L’impossibilité de voir la vidéo dans son intégralité fait de cette oeuvre une sorte de happening permanent, une performance parfaite puisque sans début ni fin, qui s’insère comme une expérience étrange et naturelle dans la visite, et où les visiteurs eux-mêmes sont intégrés à l’oeuvre. Dimanche, au premier rang de la petite salle de l’oeuvre, un homme dormait pendant qu’au fond, d’autres se servaient du café.

Un peu plus d’une heure après notre arrivée, nous nous sommes dirigés vers le restaurant du musée… fermé le dimanche. Puis nous sommes sortis du musée pour trouver au moins un café… mais autour du MAC/VAL, à part une brasserie elle aussi fermée le dimanche, aucun lieu convivial n’est proche. Dommage.