Auguste Rodin et Wim Delvoye : corps, décors et contre-emplois

Du 16 avril au 22 août 2010, le musée Rodin propose deux expositions : Corps et décors, consacrée à un aspect encore peu étudié de l’oeuvre de Rodin, les arts décoratifs, et une sélection d »oeuvres de l’artiste contemporain Wim Delvoye en résonance avec celles du musée Rodin.

Le visiteur non averti pourrait être surpris. En passant le portail de l’hôtel Biron, musée Rodin, d’abord, et en découvrant la flèche d’une tour gothique en acier Corten découpé au laser. Une Tour (2009-2010) qui partage l’horizon avec le dôme des Invalides et la tour Eiffel. Au hasard des salles de l’exposition permanente, il serait encore décontenancé par les deux doubles hélices de crucifix en bronze de la série Helix (2009) rappelant des molécules d’ADN, placées face au plâtre de Rodin Le Christ et la Madeleine (1894), une des évocations d’Eros et Thanatos de l’oeuvre de Rodin, dont Rilke écrit « […] celle-là qui vint jadis pour joindre ses pieds infatigables, elle s’approche de lui, maintenant que le sacrifice est accompli, pour envelopper de son corps son corps abandonné et exsangue, dans un geste de tendresse tardif et insensé ».

Le rapprochement entre les oeuvres de Rodin et de Delvoye est à son apogée avec leurs oeuvres respectives de portes chargées de symboles. Ci-dessus, la sculpture de La Porte de l’Enfer, chargée de nombreux symboles principalement de l’Enfer de Dante, mais aussi d’influences de Victor Hugo et de Charles Baudelaire, et qui a donné lieu à des motifs utilisés par Rodin dans de nombreuses oeuvres, notamment d’art décoratif. C’est tout cet historique des arts décoratifs dans l’oeuvre de Rodin, et les origines de la Porte de l’Enfer, que l’on retrouve dans l’exposition Corps et décors. Ci-dessous, une image de la maquette de Gate (2008), représentation en modèle réduit du portail de l’atelier de Wim Delvoye. Elle aussi est chargée de citations : l’« Ars gratia artis » à la base des théories modernes de l’art, et surtout, au centre, le célèbre extrait de l’Enfer de Dante : « Lasciate ogne speranza, voi ch’intrate », mais aussi d’images symboliques de l’oeuvre de Delvoye, comme les détournements de Disney, Harley Davidson, et le Monsieur Propre à intestins de Cloaca, la machine à fabriquer des excréments.

En résumé, deux expositions à voir absolument. Et n’oubliez pas de vous placer entre les deux bosquets du jardin à gauche du portail d’entrée, et de regarder l’horizon aux trois tours du début de l’article, pris en photo avec mon téléphone, que je n’aurais pas découvert sans avoir entendu l’un des visiteurs l’indiquer à ses amis. S’il lit ces lignes, merci à lui, il semble être un excellent compagnon d’exposition !

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2 commentaires

  1. […] déjà invité, souvenez-vous, à investir le musée Rodin, et il avait su montrer son élégance. Le résultat m’avait convaincu : Delvoye joue avec maestria du répugnant, fait de l’esthétique avec du trivial, joue à […]

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